Francis, blaireau farceur (tome 7)
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Francis, blaireau farceur (tome 7) De Claire Bouilhac et Jake Raynal, Éditions Cornélius, 48 pages. 8 Les aventures du blaireau le plus humain de la création démarrent toujours ainsi: Francis se promène dans la campagne ("hop."), quand "soudain", tout part en sucette, dès la case 2: "Soudain, Francis devient père et tout le monde dit que le bébé est mignon et ressemble à son papa." Ou: "Soudain, il apprend que l'enfant qu'il élève n'est pas le sien car il y a eu un malencontreux échange d'enfant à la maternité." Ou: "Soudain, sa femme tombe enceinte. Elle a des nausées et des vomissements et Francis n'a plus aucun désir pour elle." Il reste alors quatre cases à ses géniteurs pour résoudre le problème, avec un sens de l'humour, de la concision et de l'observation qui réconcilie Reiser et La Fontaine. Et ça fait 20 ans, et désormais sept albums de 48 demi-pages, que ça dure. Avec une fidélité rare. D'abord à l'éditeur: Jake Raynal, Claire Bouilhac et leur blaireau d'une écrasante humanité accompagnent la collection Delphine de l'éditeur Cornélius depuis ses tout débuts. Fidélité ensuite à eux-mêmes: Claire et Jake, comme ils signent en couverture, ne se quittent pas, professionnellement s'entend, depuis tout ce temps aussi, égayant de leur blaireau, avec une régularité de métronome, les pages de Fluide Glacial. Fidélité enfin à leur canevas qui n'a jamais bougé et qui doit être une vraie torture mentale pour ses auteurs: une première case immuable ("hop."), une deuxième pour placer le problème de Francis, et quatre pour le résoudre, en rire et surtout en dire énormément sur ces gros blaireaux que sont les hommes contemporains -petits êtres lâches, cyniques et très autocentrés, capables de tout et surtout du pire pour satisfaire leurs bas instincts. Chaque "gag" de Francis est un petit bijou, grâce aux orfèvres aux manettes: Jake Raynal n'adore rien moins que de dire le maximum en peu de cases -on lui doit par ailleurs des adaptations des Misérables ou de La Bible en deux planches. Quant à Claire Bouilhac, auteure aussi chaque semaine du Trait dans le Weekend qui accompagne Le Vif et Focus Vif, elle jette son feutre noir avec une évidente délectation dans ces petits contes, très noirs itou. Des petits contes sombres et sans prétention qui n'en finissent pourtant pas de faire des adeptes. On vous conseille ainsi de ne pas rater courant mars prochain la tournée Propulse de la compagnie belge Victor B. qui sillonnera la Wallonie avec son spectacle de marionnettes et de peluches entièrement voué à Francis: la compagnie a adapté avec maestro les contes cruels de Francis sauve le monde. Les deux partagent effectivement un même univers, "faussement naïf, véritablement drôle et féroce". OLIVIER VAN VAERENBERGH