INTÉGRALE "GUEULE DE BOIS"
...

INTÉGRALE "GUEULE DE BOIS" DE FOERSTER, ÉDITIONS LE LOMBARD, 144 PAGES. **** Cherchez l'erreur, ou le paradoxe: alors que le marché de la BD souffre, entre autres, d'une surproduction effarante, plus de 10 % environ des nouveautés de l'année seront en réalité... des rééditions, généralement sous la forme d'intégrales. Le principe, passé du marché de niche au créneau économiquement porteur, voire vital, est désormais protéiforme: les intégrales de BD franco-belges ne sont plus seulement des rééditions luxueuses de longues séries historiques, accompagnées de multiples bonus; on trouve désormais des éditeurs qui jouent le petit prix et la réédition de séries (parfois) injustement oubliées ou mévendues, noyées dans... la surproduction. A l'image de cette nouvelle collection d'intégrales lancée par Le Lombard: James Healer, Rafales, bientôt Love Song... nombre de séries qui n'auront pas survécu plus de trois ou quatre albums se voient offrir une seconde chance en 140 ou 200 pages. Collection de "losers", ou occasion unique de redécouvrir quelques pépites? Un peu des deux probablement, même si les Gueule de Bois du Liégeois Philippe Foerster sont définitivement à ranger dans la deuxième catégorie. Carlo Collodi s'en retourne probablement dans sa tombe -ce qui ferait bien rire Foer-ster: sous la plume et le trait de ce dernier, son frêle bambin de bois est devenu un marin balèze et cynique, saoulé par son cricket de conscience, toujours prêt à la baston et recyclé dans la chasse aux cryptozoïdes! Loups-garous, zombies, fées psychopathes... Foerster pervertit avec un plaisir évident tous les personnages des contes fantastiques qui lui passent sous la main, de Frankenstein à Alice, dans une Ligue des Gentlemen extraordinaires trash et à la Belge! "Pervertir des personnages déjà créés, présents dans l'inconscient collectif, j'ai toujours aimé ça: les mélanger, les détourner, à la limite du gore, mais toujours avec un peu d'ironie, explique Foerster, qui s'y adonnait déjà dans ses premiers récits courts et morbides parus dans Fluide Glacial dans les années 80. Et j'avais déjà réalisé un Pinocchio décalé, chez Magic Strip, un petit album qui m'avait laissé sur ma faim."Le premier Gueule de Bois fut publié en 2005. "Mais les ventes n'avaient pas suivi, l'éditeur avait décidé d'arrêter. Or celle-là, c'est une des rares séries que j'aurais bien voulu continuer. Cette seconde vie me permet d'être à nouveau présent." Pas d'état d'âme, non plus, sur le sort des albums originels ou ses droits d'auteur, eux aussi compressés: "On ne les trouve de toute façon plus en librairies, et j'avais perçu des avances sur droits, amorties. Ici, je toucherai des droits d'auteur dès le premier album vendu. Et qui sait si ça marche? J'ai au moins des idées pour une prochaine intégrale de trois albums!" OLIVIER VAN VAERENBERGH