Quand on arrive en haut des escaliers de la grande maison lilloise ce matin-là, des voix sortent de l'atelier, qui débattent sur un ton éduqué des distinctions à poser entre art moderne et art contemporain. Le podcast de France Culture n'est pas la seule présence des lieux. " C'est ma petite jungle." Hélène Delmaire, apparition bouclée, large sourire tout droit sorti de l'enfance (elle est née en 1987), petites pantoufles et jupe gigantesque, nous désigne les plantes impressionnantes qui sont en train de coloniser la pièce où elle peint, surtout à la nuit tombée. " Je travaille beaucoup entre 17 heures et 2 heures du matin; le soir, il y a une autre atmosphère. Pour peindre, j'ai besoin de m'isoler physiquement et psychiquement. " Ça sent le bois, les solvants et la tisane; il y a du calme au milieu du chaos. Des toiles sont entreposées un peu partout, de toutes les tailles. Certaines à l'envers. " J'ai toujours plein de tableaux entamés en même temps. Je les retourne un moment, ce qui me permet de les reprendre plus tard avec un regard un peu neuf. " Sur le mur qui jouxte un bureau recouvert pêle-mêle par les livres, carnets, marqueurs, notes manuscrites, napperons et pinceaux, sont collés au tape des échantillons de plumes, plantes et fleurs à la façon d'un herbier d'un autre temps. Au-dessus de l'ancienne cheminée sont accrochés des portraits de femmes dont les yeux ont été censurés d'un vigoureux trait de peinture -la série, qui rappelle çà et là les beaux visages silencieux d'un Michael Borremans, est celle par laquelle la peintre française s'est fait connaître. Ces portraits masqués et puissants, pris entre fragilité et violence, sont-ils ceux de femmes aveuglées, empêchées, de filles en révolte contre un certain...