Il en avait rêvé, il l'a fait! Richard Olivier ne portait pas seulement en lui le désir de cette incroyable entreprise qu'est Big Memory. Il en ressentait la nécessité. Des voix aussi majeures que celles d'un Henri Storck, d'un André Delvaux, s'étaient tues sans qu'il ait eu l'idée de recueillir leur témoignage pour la postérité. D'autres grandes figures du cinéma belge, parfois des amis proches, comme Benoît Lamy, avaient eux aussi disparu en laissant un grand vide. Un manque qui devait être comblé. Sans tarder. Olivier se mit à l'ouvrage et s'en alla filmer par dizaines ses collègues réalisateurs, pour des entretiens de treize minutes chacun. Contre l'oubli, pour la transmission aux générations futures de la parole de celles et ceux qui ont choisi les images mouvantes pour mode d'expression.
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Il en avait rêvé, il l'a fait! Richard Olivier ne portait pas seulement en lui le désir de cette incroyable entreprise qu'est Big Memory. Il en ressentait la nécessité. Des voix aussi majeures que celles d'un Henri Storck, d'un André Delvaux, s'étaient tues sans qu'il ait eu l'idée de recueillir leur témoignage pour la postérité. D'autres grandes figures du cinéma belge, parfois des amis proches, comme Benoît Lamy, avaient eux aussi disparu en laissant un grand vide. Un manque qui devait être comblé. Sans tarder. Olivier se mit à l'ouvrage et s'en alla filmer par dizaines ses collègues réalisateurs, pour des entretiens de treize minutes chacun. Contre l'oubli, pour la transmission aux générations futures de la parole de celles et ceux qui ont choisi les images mouvantes pour mode d'expression. Le procédé choisi est on ne peut plus sobre. Face à la caméra, chaque intervenant se confie, évoque ce qui le meut (et l'émeut), ce qui l'inspire, les difficultés qu'il rencontre, aussi. Aucune coquetterie, aucun effet formel. Un visage, une parole, multipliée par 170 pour former le tissu composite, riche de tant de différences, d'une cinématographie. Ce puzzle vivant compose un panorama, enrichi par les interventions de "porte-c£ur" pour les cinéastes décédés tels Storck (par Jacqueline Aubenas), Delvaux (par Philippe Reynaert) ou Paul Meyer (par Christine Pireaux). Le tout se déclinant en multiples versions, après un passage de plusieurs épisodes à la télévision: site Web, beau livre à couverture cartonnée et illustré en couleur, et bien sûr un coffret DVD, fort d'une dizaine de disques totalisant... 37 heures de vision! On ne se fera pas la totale en guise de marathon, mais on aimera "picorer" au gré des envies, des films vus ou revus, de l'actualité de tel ou tel. Avec de belles surprises et un joyeux mélange des générations, des genres et des personnalités, le tout sans exclusive aucune puisqu'on trouve aussi bien Noël Godin et Jean-Jacques Rousseau que Jaco Van Dormael et Marion Hänsel, Frédéric Sojcher et Joachim Lafosse que Vincent Patar et Dominique Abel. Sans oublier les frères Dardenne, filmés séparément. Et bien sûr... Richard Olivier lui-même! Big Memory ne saurait être qu'un "work in progress", " un film sans fin" comme le dit son auteur, qui compte enrichir la somme déjà rassemblée de nouvelles interviews. Le domaine du cinéma flamand est à explorer plus en profondeur, et les talents neufs se multipliant, le travail d'Olivier n'est pas près de s'achever. Cette dimension organique va bien à un projet sans équivalent, qui " relève de la fable" selon les mots de Jean-Michel Frodon, préfacier du livre. On découvre des réalisateurs habiles de leurs mots, tel Philippe Blasband lâchant "Je suis un grand malade, mais j'ai trouvé le moyen de vivre de ma maladie", ou Benoît Dervaux disant de la caméra que c'est" un outil viril, comme une arme qui ne tire pas, mais reçoit". Les confidences de certains ne manquent pas de sel, comme les petits comptes d'un Jan Bucquoy pas peu fier d'avoir " fait huit films entre 1995 et 2008 avec 20 000 euros de subventions en tout et pour tout", ou le souvenir de la " terreur" éprouvée par Luc Dardenne enfant à sa première projection cinématographique, celle des Dix commandements de Cecil B. DeMille. Comme aussi l'aveu non dépourvu d'humour de Joachim Lafosse: " Ma mère est inconditionnelle de tous mes films. C'est là mon drame." Ou les souvenirs cannois de Felix Van Groeningen se revoyant " à poil roulant à vélo sur la Croisette" avec ses complices de La Merditude des choses, en s'étonnant " qu'il faille faire un cirque pareil pour qu'un film se fasse remarquer de nos jours..." Ou encore ceux d'un Jaco Van Dormael se rappelant douloureusement à quel point il fut malmené par certains médias à l'époque du Huitième jour, parce qu'il avait fait tourner un trisomique (une "honte", pour le Times). On réservera une belle place dans nos collections DVD au coffret de Big Memory. Un objet tout de rouge habillé, qui devrait avoir pour voisin immédiat, ordre alphabétique oblige, cet autre régal qu'est le Big Lebowski des frères Coen... HTTP://WWW.BIGMEMORY.BE BIG MEMORY, COFFRET DVD, ÉDITÉ PAR OLIVIER FILMS. BIG MEMORY. CINÉASTES DE BELGIQUE, ÉDITIONS LES IMPRESSIONS NOUVELLES, 368 PAGES. TEXTE LOUIS DANVERS