Maggy Garrisson (T. 3) Je ne voulais pas que ça finisse comme ça
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Maggy Garrisson (T. 3) Je ne voulais pas que ça finisse comme ça DE LEWIS TRONDHEIM ET STÉPHANE OIRY, ÉDITIONS DUPUIS, 48 PAGES. 9 Les séries en bande dessinée, si elles ne sont pas quadragénaires, prévues en "mini" ou basées sur des concepts plus que sur des personnages n'ont plus la cote aujourd'hui -les éditeurs n'hésitant plus, non plus, à tuer les projets après un ou deux albums à peine en cas d'insuccès. Mais à l'heure des romans graphiques et du règne des one-shots, il y en a vraiment une, destinée à un public ado-adultes, qu'on voudrait ne jamais voir disparaître ou en tout cas continuer encore pendant quelques cycles: Maggy Garrisson, en à peine trois albums, s'est fait plus que sa place, à part, dans la jungle des sorties. Cette détective londonienne à la petite semaine n'a pas grand-chose pour elle, sinon une répartie d'enfer, une intelligence à faire pâlir Miss Marple et surtout, à son service, deux auteurs à leur sommet. Pour les gens de bon goût qui la connaissent déjà, Maggy planque toujours chez elle 15 000 livres mal gagnées, fréquente beaucoup trop son petit malfrat de copain et son gangster de cousin et continue d'essayer de résoudre les affaires minables dont même son boss M. Wight ne veut pas: les employés d'une librairie qui piquent dans la caisse, des cadavres qui se font voler leurs dents en or avant de finir en poussière et puis sa petite manie du moment, un album de photos sans propriétaire, retrouvé dans un container à côté d'un Browning GP Vigilante... Quelques petites histoires imbriquées dans une plus grande, pour former la toile d'un polar plus flippant et profond que les bons mots de Maggy pourraient le laisser croire. Celle-ci continue par ailleurs, autre bonne idée, de se parler à elle-même: "Va falloir faire fonctionner ta tête Maggy, et tu pourras peut-être te payer des dents en or aussi." Le dessinateur Stéphane Oiry nous l'avait expliqué à l'occasion des précédents albums: Maggy devait surtout lui permettre de travailler avec Lewis Trond-heim et de mettre les pieds dans Spirou. Lewis, lui, par ailleurs déjà très occupé -il est partout en cette rentrée, on en reparlera- a dû se faire du mal pour pondre "un vrai polar", lui qui n'aime pas les genres et celui-là en particulier: Maggy Garrisson, pourtant, récolte éloges et prix depuis sa naissance il y a deux ans. Le cynisme amusé du scénariste y fait en réalité merveille, lequel trousse au passage des intrigues passionnantes, cadenassées et sublimées à la fois par un gaufrier rigoriste. La magnifique réinvention de Londres et le graphisme à chaque album plus précis de Stéphane Oiry font le reste. À savoir un énorme plaisir de lecture, qu'on aimerait voir, un jour, adapté au cinoche par Ken Loach ou Mike Leigh, en plus de continuer longtemps. OLIVIER VAN VAERENBERGH