La Dent du serpent
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La Dent du serpent De Craig Johnson. Éditions Gallmeister. Traduit de l'anglais (usa) par sophie aslanides. 372 pages. 8 La saison qui s'ouvre n'est pas seulement celle des melons, des festivals ou des piqûres de taon; c'est aussi celle des polars sériels qui font le bonheur, souvent, des libraires et des chaises longues. Fred Vargas vient ainsi de donner une nouvelle enquête à son commissaire Adamsberg, Philippe Kerr publie déjà la onzième aventure du célèbre Bernie Gunther. Quant à Craig Johnson, on finit par se perdre un peu dans les rendez-vous réguliers qu'il nous donne avec son shérif Walt Longmire: si le shérif du comté le moins peuplé (Absaroka) de l'État le moins peuplé des États-Unis (le Wyoming) doit bien en être à son quinzième polar au pays de l'Oncle Sam, La Dent du serpent doit être le neuvième à être publié en français, chez l'excellent éditeur Gallmeister. Ce dernier n'a pas toujours, hélas, été fidèle à l'ordre chronologique des parutions originales, mais a en tout cas fait des enquêtes de Longmire, devenues aussi feuilleton télévisé, un rendez-vous attendu des amateurs et de votre serviteur: si l'univers géographique, humain et littéraire du naturalist writer et de son héros récurrent ne surprend plus, il ne déçoit jamais. Il bonifie même de volume en volume. Comme toujours chez Craig Johnson et dans le patelin de Longmire, et comme il nous l'expliquait à la sortie du précédent (À Vol d'oiseau), "il n'y a dans le crime, ni mines d'or, ni armes nucléaires. Le mobile est petit, personnel et souvent stupide." En l'occurrence et cette fois, tout commence par un gamin fugueur qui n'a jamais vu Mon ami Flicka ni d'ailleurs aucun film -il ne sait pas ce que c'est-, un vieux fou qui prétend être Orrin Porter Rockwell, figure de l'Église Mormone né en 1813, et l'installation, aux limites du comté -c'est dire le trou- de l'Église Apostolique de l'Agneau de Dieu, une communauté visiblement très polygame, très criminelle, et très très zinzin. Un nouveau décor qui sied parfaitement à Longmire et à sa bande tout aussi récurrente (son "meilleur ami au monde" Henry Standing Bear dit La Nation Cheyenne, ses adjoints, sa jubilatoire faune locale) pour, sans énervement excessif, jamais, donner de bons coups de bottes dans la fourmilière. Une fourmilière qui, comme toujours aussi, emmènera ses lecteurs plus loin qu'ils ne l'avaient prévu, du Mexique au Vietnam, en passant par les couloir de la CIA et les mafioseries du secteur pétrolier. Le tout avec quelques coups de chaud et de sang, mais sans la moindre violence gratuite ou inutile, et servi par d'innombrables dialogues, tous savoureux. Loin des clichés que pourraient véhiculer les dégaines de cow-boy de Johnson et de son alter ego -les deux sont des montagnes de muscles, et ne se séparent jamais de leur Stetson- les romans autour de Walt Longmire, bon gars pas épargné par les tragédies, ont à chaque fois le talent, rare, de vraiment faire rimer style, authenticité, ruralité et efficacité. Sans oublier l'exotisme westernien qu'ils promettent, et qu'ils subliment à chaque fois. OLIVIER VAN VAERENBERGH