LA TRILOGIE LLOYD HOPKINS

Depuis son premier roman, James Ellroy expie le pire des crimes: avoir exploité la mort de sa mère pour devenir meilleur. Sa relation aux femmes en sera évidemment à jamais bouleversée, ses livres aussi: " Les histoires ont toutes le même thème: un-homme-rencontre-une-femme-et-maintenant-il-passe-à-l'action." Après des années d'errance, de drogue, de voyeurisme et d'une sexualité tordue et compulsive, il épouse sur un coup de tête Penny, la première à incarner ses fantasmes de jeunesse et à s'extasier sur le romantisme torturé de ses écrits. Parallèlement, son personnage Lloyd Hopkins lui ouvre dès 1984 la voie du succès avec la tril...

Depuis son premier roman, James Ellroy expie le pire des crimes: avoir exploité la mort de sa mère pour devenir meilleur. Sa relation aux femmes en sera évidemment à jamais bouleversée, ses livres aussi: " Les histoires ont toutes le même thème: un-homme-rencontre-une-femme-et-maintenant-il-passe-à-l'action." Après des années d'errance, de drogue, de voyeurisme et d'une sexualité tordue et compulsive, il épouse sur un coup de tête Penny, la première à incarner ses fantasmes de jeunesse et à s'extasier sur le romantisme torturé de ses écrits. Parallèlement, son personnage Lloyd Hopkins lui ouvre dès 1984 la voie du succès avec la trilogie du même nom: d'une droiture sans faille, son pur héros finit toujours par pleurer sur les genoux de ses maîtresses. Son mariage avec Penny, à peine consommé, ne dure pas. Ellroy entame alors son chemin de croix. En 1987, en ouverture de son Quatuor, James Ellroy prend à bras le corps son obsession -le meurtre irrésolu de sa mère, Jean Hilliker- et le transpose dans un autre fait divers, celui du Dahlia Noir, parfait calque de sa propre histoire: le meurtre d'Elisabeth Short dans le Hollywood des années 50, retrouvée découpée en 2 dans un terrain vague. L'£uvre, dédiée à sa mère, est puissante, déjà complexe, nourrie de ses autres obsessions (Los Angeles, la corruption politique, la violence) et installe Ellroy parmi les auteurs majeurs. Ce cycle de 4 romans se clôturera avec White Jazz -cette fois dédié à Helen Knode, 2e épouse et seul grand amour-, véritable brouillon stylistique de son Grand îuvre à venir. Ses fantasmes de femmes mortes et victimes y sont poussés à l'extrême. 1996 marquera la première parenthèse purement autobiographique de l'£uvre ellroyienne avec Ma part d'ombre, un récit cathartique à nouveau dédié à Helen, par ailleurs romancière. Ellroy croyait avoir trouvé en cette seconde épouse " l'Autre, Elle". Qui finira pourtant, à son tour, par se lasser de sa sexualité compulsive, son caractère de tordu et ses affres perpétuels. Ma Part d'Ombre mêle une pure enquête de flic sur le meurtre de sa mère, et le récit hallucinant et halluciné de sa vie, entre génie et folie. On pensait alors qu'Ellroy y réglait une fois pour toutes ses obsessions matriarcales et féminines. C'était sans compter sur La Malédiction Hilliker, suite ou complément de Ma part d'ombre qui sort aujourd'hui... dédicacé à la jeune Erika, dernière maîtresse en date du maître. Dédiée à Joan, son antépénultième compagne, la " putain d'£uvre planétaire" que James Ellroy le mégalo s'était promis d'offrir à sa mère et au monde a effectivement vu le jour. Entamée avec American Tabloïd, cette trilogie restera pour longtemps un sommet de la littérature américaine, tous genres confondus. Une somme complexe et un pur chef-d'£uvre stylistique mêlant le crime à la Très Grande Histoire. Tous les hauts faits de l'Histoire américaine des années 60 et 70 se mêlent à plus de 200 personnages fictifs et flamboyants. Et pour la première fois surtout, son obsession des femmes victimes semble contenue. Tous les spécialistes s'accordent même pour y trouver 3 des meilleurs personnages féminins de son £uvre, loin des précédents clichés obsessionnels. Mais c'était avant cette Malédiction Hilliker, effectivement tenace... OLIVIER VAN VAERENBERGH