Quoi

Une des conventions les plus communément admises en bande dessinée, qui permet d'attribuer des paroles aux personnages. Une convention qui a pourtant mis plus d'un demi-siècle pour définitivement s'imposer. Le terme renvoie au latin et au grec, et a désigné selon les civilisations et cultures différents types de contenants, sacrés (dans le judaïsme) ou magiques (chez les Égyptiens).
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Une des conventions les plus communément admises en bande dessinée, qui permet d'attribuer des paroles aux personnages. Une convention qui a pourtant mis plus d'un demi-siècle pour définitivement s'imposer. Le terme renvoie au latin et au grec, et a désigné selon les civilisations et cultures différents types de contenants, sacrés (dans le judaïsme) ou magiques (chez les Égyptiens). Personne n'a inventé le phylactère: le principe d'isoler des paroles et de les pointer graphiquement vers la bouche d'un personnage apparaissait déjà dans des peintures du XVIe siècle et chez des caricaturistes anglais au XVIIIe. La norme consista néanmoins longtemps à placer le texte sous les illustrations. Son utilisation en bande dessinée apparaît à la fin du XIXe siècle dans le Yellow Kid de Richard Felton Outcault et est systématisé trois ans plus tard dans The Katzenjammer Kids (Pim Pam Poum) par Rudolph Dirks. Or, dans The Yellow Kid, le phylactère est d'abord utilisé pour expliciter le fonctionnement du phonographe, inventé depuis peu par Thomas Edison -et dont Outcault fut justement un des illustrateurs, dès 1889. Jusque-là, le Kid s'exprimait, tel un homme-sandwich, avec des textes écrits sur son t-shirt. Le phylactère naît donc, comme beaucoup de conventions en bande dessinée, sous les influences conjuguées d'autres médias modernes, tels le phonographe, le cinéma parlant, l'animation, la publicité et même la sténographie. Le principe de la bulle a mis plus de temps à s'imposer en Europe. S'il est popularisé dès la fin des années 20 dans Zig et Puce et évidemment Tintin, la Seconde Guerre mondiale vient stopper son élan, surtout en France occupée et dans les pays de l'Axe, hostiles à cet "élément culturel américain". L'Italie fasciste de Mussolini en interdit même explicitement l'utilisation: l'obligation est donnée aux auteurs de revenir au texte sous les cases.