Pas de hasard: alors que Netflix entame la diffusion de la première saison de Snowpiercer (lire le dossier), une série directement inspirée du film de Bong Joon-ho de 2013, lui-même inspiré de la bande dessinée publiée pour la première fois en 1984, mais entamée dès 1976, Casterman publie, elle, la deuxième partie de Transperceneige Extinctions, un préquel en trois actes de la bande dessinée originale, et qui a été lancé, avec Matz au scénario, au moment où Hollywood mettait la série en chantier. Une opération "win-win" entre BD et télévision, avec le cinéma au milieu, qui n'en finit plus d'étonner Jean-Marc Rochette, dessinateur du Transperceneige... qui ne devait être qu'un one-shot, et ce, alors que lui-même s'est longtemps pensé perdu pour la BD! Dans les années 2000, Rochette délaissait en effet le crayon pour le pinceau, et partait pratiquer la peinture à Berlin "parce que la BD, ça ne marchait plus", dit-il. "Et puis est arrivé le miracle du film de Bong Joon-ho. Son succès m'a remis s...

Pas de hasard: alors que Netflix entame la diffusion de la première saison de Snowpiercer (lire le dossier), une série directement inspirée du film de Bong Joon-ho de 2013, lui-même inspiré de la bande dessinée publiée pour la première fois en 1984, mais entamée dès 1976, Casterman publie, elle, la deuxième partie de Transperceneige Extinctions, un préquel en trois actes de la bande dessinée originale, et qui a été lancé, avec Matz au scénario, au moment où Hollywood mettait la série en chantier. Une opération "win-win" entre BD et télévision, avec le cinéma au milieu, qui n'en finit plus d'étonner Jean-Marc Rochette, dessinateur du Transperceneige... qui ne devait être qu'un one-shot, et ce, alors que lui-même s'est longtemps pensé perdu pour la BD! Dans les années 2000, Rochette délaissait en effet le crayon pour le pinceau, et partait pratiquer la peinture à Berlin "parce que la BD, ça ne marchait plus", dit-il. "Et puis est arrivé le miracle du film de Bong Joon-ho. Son succès m'a remis sur le devant de la scène, moi qui était en train de disparaître. J'ai alors fait Terminus, qui proposait, comme son nom l'indique, de raconter ce qui se passe à la fin, quand le train s'arrête. Le livre a bien marché, il m'a permis de me lancer dans des projets beaucoup plus intimes et personnels comme Ailefroide puis Le Loup. Mais quand la série a été lancée, on m'a proposé de plancher sur un préquel, qui expliquerait cette fois les origines du train, et de l'apocalypse qui l'entoure. C'était difficile de dire non." L'histoire éditoriale du Transperceneige compte en effet plus de rebondissements et de tragédies que n'en proposent ses pages: c'est en 1976 que le scénariste Jacques Lob se lance dans son récit d'Arche de Noé post- apocalyptique avec Alexis au dessin. Celui-ci meurt brutalement après une quinzaine de planches, et Rochette prend le relais. Le récit est publié en 1983 dans (À Suivre) et fait immédiatement sensation, mais n'aura pas de suite directe: avant de s'y atteler, Jacques Lob meurt brutalement à son tour. Jean-Marc Rochette mettra alors plus de quinze ans pour en imaginer la suite avec Benjamin Legrand (L'Arpenteur suivi de La traversée, le tout désormais réuni dans l'intégrale Transperceneige chez Casterman). Puis quinze ans à nouveau avant d'en dessiner la fin (Terminus, en 2015 avec Olivier Bocquet), et désormais le début, avec Matz. Dans Transperceneige Extinctions, l'apocalypse climatique a été provoquée par des "Apocalypsters" plus soucieux de sauver la Terre que les hommes, et l'hiver atomique s'abat lentement sur la planète, alors que dans le Transperceneige fraîchement mis sur les rails, le richissime monsieur Zeng assiste impuissant à la fin de son utopie: il n'y aura pas d'égalité dans le train aux mille et un wagons qui ne s'arrête jamais... Extrêmement sombre tant dans son propos que dans les teintes choisies par Rochette, Extinctions donne à voir les conséquences d'une "écologie mortifère" aux antipodes des récits de montagne de l'auteur, autrement plus lumineux. "Mais ce sont les deux faces d'un même homme, d'un même auteur et d'un même écologiste, analyse Jean-Marc Rochette. Je crois vraiment qu'on va tous, lentement mais sûrement, vers une destruction globale, même si je suis plus optimiste à un niveau local. Je me situe à peu près comme l'héroïne de ce préquel, une terroriste radicale capable de tuer quelqu'un pour une cause qu'elle estime juste, mais qui ne tuera que les coupables! Moi, j'étais déjà très écolo dans les années 70, je n'ai de ce point de vue-là pas trop changé depuis le premier Transperceneige. La seule chose qui m'étonne encore, c'est que l'on continue à traiter la Terre comme une poubelle, qu'on n'ait pas gagné ce combat-là, alors que la qualité de l'air, de l'eau ou de la santé devrait être une préoccupation politique majeure!" Reste à savoir s'il prend autant de plaisir, toujours très pictural, à se plonger dans cette SF pessimiste et parfois très sentencieuse que dans ses récits de montagne qui respirent l'amour de la nature -deux facettes donc d'un même auteur, qui planche actuellement à la fois sur un nouveau récit se situant dans son fief des Écrins, dans le Dauphiné, et sur l'ultime récit de ce Transperceneige, qui en sera l'ultime wagon avant de rentrer en gare. Jean-Marc Rochette, en bon professionnel du service après-vente, botte la question en touche: "Disons qu'ici, je fais de l'entertainment, un peu plus proche du comics américain, plus punchy. L'ADN du dessin est le même, mais on est ici dans l'excès et le spectacle, tout en ayant une vraie cause à défendre -je n'en ai pas honte et je joue le jeu. Matz a écrit un super thriller et généré le bon tempo. J'avais donné les grands axes, mais je n'ai pas voulu écrire une ligne. Sauf la première phrase qui ouvre chaque album de cette trilogie: "La terre est ravagée par un mal qui semble incurable: l'humanité". Je crois que c'est clair non?"