La jeune Sae-oh n'a pas une vie spécialement funky. Orpheline de sa mère dès l'âge de sept ans, elle se bat contre une agoraphobie vicelarde et tenace qui l'oblige à vivre en isolement chez un père qui soigne son spleen du mieux qu'il peut. Alors que la jeune fille rentre au domicile familial après avoir fait quelques courses, "elle aperçoit une colonne de fumée, déjà haute dans le ciel, qui plane au-dessus du quartier". C'est sa maison qui brûle. Maison dont on sortira quelques instants plus tard le corps ...

La jeune Sae-oh n'a pas une vie spécialement funky. Orpheline de sa mère dès l'âge de sept ans, elle se bat contre une agoraphobie vicelarde et tenace qui l'oblige à vivre en isolement chez un père qui soigne son spleen du mieux qu'il peut. Alors que la jeune fille rentre au domicile familial après avoir fait quelques courses, "elle aperçoit une colonne de fumée, déjà haute dans le ciel, qui plane au-dessus du quartier". C'est sa maison qui brûle. Maison dont on sortira quelques instants plus tard le corps sans vie de son paternel. À l'inverse de Sae-oh la recluse, Shin Ki-jeong a une vie sociale et professionnelle assez riche puisqu'elle enseigne dans un lycée. Sauf que là aussi, tout bascule le jour où la petite frappe de l'école, Dojun, la piège pour une histoire de harcèlement obligeant Ki-jeong à démissionner. Histoire d'en rajouter une couche à un quotidien plombé, Ki-jeong apprend que sa demi-soeur a mis fin à ses jours. Son seul but consiste désormais à mener une enquête pour découvrir ce qui a pu conduire la frangine à se suicider. Dans une livraison plus ancienne du magazine autour de la maison d'édition française Matin Calme, consacrée à cette nouvelle vague de la littérature noire bien partie pour détrôner les Scandinaves, nous découvrions via les autrices et auteurs (Do Jinki, Kim Un-su, Kim Jay...) des romans noirs comme autant de gueules de bois en écho au miracle économique des années 70 qui n'a finalement pas fait long feu. C'est dans cette veine sociétale que s'inscrit La Loi des lignes, avec une autrice -dont le premier roman, Le Jardin, paru également chez Rivages, ressort ces jours-ci en poche- qui se montre impitoyable envers les siens. "La malchance qu'entraîne la pauvreté est quasiment inéluctable", écrit Hye-young Pyun. "Une fois qu'on est tombé entre ses griffes diaboliques, tout tourne mal. Payer l'opération d'un parent aux portes de la mort; se blesser et ne plus pouvoir travailler alors qu'on est le seul à subvenir aux besoins du foyer. Quelles que soient les histoires, elles finissent toujours de la même manière." Comme les histoires d'amour. Mal. En général. De fait, les Sud-Coréens sont, avec les Chinois, les champions du surendettement. Fort de ce sinistre constat qui met des centaines de milliers de familles sur la paille, Hye-young Pyun tisse son intrigue avec une rare et intelligente habilité pour signer un (grand) roman bien d'aujourd'hui.