Insolent est, sans doute, un qualificatif qui lui va bien. Bastien Vivès, qui n'a que 33 ans alors qu'on pourrait lui en donner 22, est effectivement insolent. Insolent de talent d'abord: on note peu de fautes de goût dans un parcours déjà long, très personnel et atypique, du Goût du chlore à Polina, en passant par son récent Une soeur, un chemin surtout pavé de gros succès tant publics que critiques, y compris avec sa saga Lastman, aux références japonaises mais à l'esprit bien français, et qui a réussi à imposer aux éditeurs une nouvelle manière de faire de la bande dessinée pour les lecteurs d'une nouvelle génération -il était temps. Du talent donc, et puis cette autre insolence: le surdoué dégage aussi une coolitude et une liberté de ton qui n'appartiennent qu'à lui, et qui ont fait de Vivès un personnage et une petite célébrité autant qu'un excellent auteur. C'est donc en mangeant un bout de salade et en vidant un verre à la récente Fête de la BD qu'on a causé un brin ...

Insolent est, sans doute, un qualificatif qui lui va bien. Bastien Vivès, qui n'a que 33 ans alors qu'on pourrait lui en donner 22, est effectivement insolent. Insolent de talent d'abord: on note peu de fautes de goût dans un parcours déjà long, très personnel et atypique, du Goût du chlore à Polina, en passant par son récent Une soeur, un chemin surtout pavé de gros succès tant publics que critiques, y compris avec sa saga Lastman, aux références japonaises mais à l'esprit bien français, et qui a réussi à imposer aux éditeurs une nouvelle manière de faire de la bande dessinée pour les lecteurs d'une nouvelle génération -il était temps. Du talent donc, et puis cette autre insolence: le surdoué dégage aussi une coolitude et une liberté de ton qui n'appartiennent qu'à lui, et qui ont fait de Vivès un personnage et une petite célébrité autant qu'un excellent auteur. C'est donc en mangeant un bout de salade et en vidant un verre à la récente Fête de la BD qu'on a causé un brin avec le co-auteur de Lastman -pour un volume qui revient aux basics, et tout entier voué à Marianne, sans doute leur meilleur personnage. Avec, pour le dessert, quelques révélations: le 12e volume sera (plus ou moins) le dernier, et on ne le verra jamais, jamais, faire ni du cinéma, ni de la BD du réel. C'est la première fois de ma vie que je travaille sur une série aussi longue, intense et épuisante, entre le jeu vidéo, le dessin animé, la série à poursuivre... Mais je ne me lasse pas. Je trouve un équilibre entre ces deux extrêmes: sans Lastman et mon travail aux côtés de Michaël Sanlaville, je ne me serais pas senti évoluer comme je peux le faire aujourd'hui, je suis devenu plus solide grâce à eux, grâce à cet effort collectif, qui nourrit ensuite mon travail plus personnel. Et sur Lastman on s'éclate, c'est le principal. Marianne, on a toujours su qu'on allait la faire revenir, sans forcément prévoir qu'on allait lui consacrer tout un tome. Mais on adore cette meuf et son histoire faisait vraiment partie de nos principaux repères sur la série. Notre canevas de base sur Lastman, c'était Bambi: il faut que la mère meure! Et on ne la traite pas comme un personnage féminin, juste comme un personnage, un vrai, avec plein de défauts, de mauvaises décisions. On ne vous vend pas une super nana, elle est romantique, revancharde et elle aussi a fait de la merde. C'est ce qu'on essaie de raconter ici, avant de se lancer dans le grand final. Oui. Le 12e tome sonnera la fin. On y aura passé cinq ans, une grosse partie de notre vie. Mais il y aura des spin off, des one shots faits par d'autres qui feront le lien entre la BD et l'animation, des sortes de Contes de la Crypte à notre sauce. Et si un jour on y retourne, ce sera pour tout détruire, comme George Lucas! Non, moi jamais je pense. Le cinéma, j'ai essayé d'écrire, je n'y arrive pas. C'est ma première influence, avant la bande dessinée, mais j'ai besoin de liberté et je me sens plus à l'aise avec mon imagination qu'avec les gens. Et puis je commence surtout à connaître les gammes de mon propre métier. Pialat, je ne comprends toujours pas comment il arrive à nous faire ressentir autant de choses. En BD, je crois le savoir un peu plus. Si j'adaptais Une soeur, ça pourrait vite devenir Plus belle la vie! La BD du réel, je la conchie! C'est le cancer de la BD, c'est mauvais, c'est inintéressant au possible. Ça me procure les mêmes sensations que la lecture d'une page Wikipedia, c'est une mauvaise utilisation de bonnes compétences. Quai d'Orsay était un exercice réussi, la preuve qu'il faut faire autre chose. Et les mauvais dessins au service d'une bonne cause, c'est vraiment le pire, ça m'énerve vite.