L'astrophysicien Hubert Reeves, en plein rush de promotion à la récente Foire du Livre de Bruxelles, n'en revient presque pas lui-même: on peut être octogénaire, l'un des plus brillants cerveaux de son temps, et encore découvrir des choses. Comme les vertus pédagogiques de la bande dessinée. "C'est bien la première fois que l'on me proposait d'en faire! Je connaissais les classiques, mais c'est tout. La bande dessinée était un univers qui m'était totalement étranger et, à la base, j'étais très sceptique: comment associer deux domaines aussi différents que la BD et l'astrophysique? J'étais inquiet, mais j'ai vite trouvé ça formidable." "Ça", c'est la nouvelle collection que viennent de lancer les éditions du Lombard, sous la direction éditoriale et artistique de l'auteur David Vandermeulen, soit La Petite Bédéthèque des savoirs, autrement dit la première "véritable collection encyclopédique de bandes dessinées didactiques", mue par un concept simple à défaut d'être vraiment neuf: "Un spécialiste et un dessinateur s'unissent pour vous faire comprendre le monde en bande dessinée", en partant du constat que "l'un des derniers grands territoires inexplorés de la bande dessinée reste le champ immense des sciences humaines et de la non-fiction".
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L'astrophysicien Hubert Reeves, en plein rush de promotion à la récente Foire du Livre de Bruxelles, n'en revient presque pas lui-même: on peut être octogénaire, l'un des plus brillants cerveaux de son temps, et encore découvrir des choses. Comme les vertus pédagogiques de la bande dessinée. "C'est bien la première fois que l'on me proposait d'en faire! Je connaissais les classiques, mais c'est tout. La bande dessinée était un univers qui m'était totalement étranger et, à la base, j'étais très sceptique: comment associer deux domaines aussi différents que la BD et l'astrophysique? J'étais inquiet, mais j'ai vite trouvé ça formidable." "Ça", c'est la nouvelle collection que viennent de lancer les éditions du Lombard, sous la direction éditoriale et artistique de l'auteur David Vandermeulen, soit La Petite Bédéthèque des savoirs, autrement dit la première "véritable collection encyclopédique de bandes dessinées didactiques", mue par un concept simple à défaut d'être vraiment neuf: "Un spécialiste et un dessinateur s'unissent pour vous faire comprendre le monde en bande dessinée", en partant du constat que "l'un des derniers grands territoires inexplorés de la bande dessinée reste le champ immense des sciences humaines et de la non-fiction". Sur cette base, quatre premiers volumes proches sur le fond, mais aussi dans la forme, des fameux Que sais-je? sont disponibles depuis ce mois de mars, dont L'Univers, écrit par Hubert Reeves et dessiné par Daniel Casanave, à côté d'autres thèmes comme l'intelligence artificielle, les requins et le heavy metal, lesquels seront bientôt rejoints par les droits d'auteur, le tatouage, le féminisme ou le hasard. Qu'il semble loin, désormais, le temps où l'amateur de BD entendait régulièrement: "Lis autre chose, tu vas finir par t'abrutir." La bande dessinée est en train au contraire de s'imposer comme le médium de vulgarisation, de pédagogie et d'expression du réel par excellence. Loin, très loin, du cliché de la BD qui rend con, un autre est en train de s'imposer; celui de la BD qui rend intelligent. David Vandermeulen n'est pas le seul à avoir senti le vent du réel se lever sur la bande dessinée. Si le principe est en soi aussi vieux que la bande dessinée elle-même -Les Belles Histoires de l'oncle Paul, elles-mêmes inspirées par les ouvrages de vulgarisation scientifique écrits en 1875 par Jean-Henri Fabre, sont apparues dans Spirou dès 1951-, il connaît depuis quelques années une nouvelle jeunesse, pour ne pas dire un âge d'or: tous les sujets sont désormais permis en BD, comme l'ont prouvé les succès de La Revue dessinée, magazine de reportages entièrement dessiné, avec ses 20 000 exemplaires par numéro, mais aussi Economix, histoire de l'économie en BD, ou les différents tomes de Tu mourras moins bête, pur travail de vulgarisation scientifique, et comique, réalisé par le professeur Moustache, aka la jeune Française Marion Montaigne. Laquelle signe d'ailleurs le premier volume de La Petite Bédéthèque. Même les institutions "sérieuses" ou engagées font désormais régulièrement appel à la BD pour faire entendre leur bonne parole, de la Ligue de l'enseignement à Oxfam, qui usent régulièrement de planches plus que de longs textes dans leur magazine respectif. Quant aux magazines de bande dessinée eux-mêmes, on en reparlera, eux aussi se tournent parfois exclusivement vers cette BD du réel, y compris à destination d'un jeune public: La Revue dessinée sortira d'ici la fin de l'année Topo, un même concept cette fois destiné plus particulièrement aux ados, et ce, alors que le magazine Spirou vient de lancer Groom, un hors- série semestriel qui se propose lui aussi de décrypter l'actualité. Bref, le traitement de la réalité par la bande dessinée est plus qu'une tendance lourde: les albums deviennent désormais des collections, comme la Bédéthèque du Lombard ou Sociorama chez Casterman (voir ci-dessous). L'originalité ne tient donc plus dans le traitement, en soi, du réel, mais bien dans les manières. Ainsi la Bédéthèque entend-elle à chaque fois associer un spécialiste de la question et un "bon" dessinateur -ce qui ne fut pas toujours le cas, loin de là, des BD dites pédagogiques- tout en leur laissant une large liberté de manoeuvre. Si le Heavy Metal réalisé par Hervé Bourhis et notre Pompon national ressemble dans la forme à d'autres Petit Livre du dessinateur bordelais (Le Petit Livre rock, entre autres), si Marion Montaigne dessine sur du velours L'Intelligence artificielle et si Julien Solé ne fait qu'aller un peu plus loin dans sa passion des requins, déjà cent fois croqués notamment dans son Sharkbook, L'Univers de Reeves et de Casanave s'en distingue nettement. "On est plutôt dans une errance philosophique, une sorte de poésie cosmique écrite par Hubert que dans un véritable vade-mecum de l'univers", explique le dessinateur. Impression confirmée par son vénérable scénariste: "Nous sommes partis d'un texte déjà écrit, que j'utilisais dans un spectacle musical. Le but était déjà de faire la jonction entre l'art, à l'origine la musique, et la science." Et de conclure, désormais sur de son fait: "Mêler les deux, ça fait toujours un bon pâté."