L'enfer, ça commence par une sorte de dragon en peluche qu'il faut chevaucher pour arriver à l'étage de l'Atroce Supermarché, dans lequel on peut trouver, en vrac, un chauffage de frigo, une machine à courber les bananes, de la mort-aux-rats bio, un sèche-chien ou un cercueil usagé en solde. On continue avec l'étage du Stade Infâme, avec "des champions laids comme des champignons" et des activités sportives comme l'escrime de spaghettis, la piscine de pus, la fessée acrobatique ou le ballon clo...

L'enfer, ça commence par une sorte de dragon en peluche qu'il faut chevaucher pour arriver à l'étage de l'Atroce Supermarché, dans lequel on peut trouver, en vrac, un chauffage de frigo, une machine à courber les bananes, de la mort-aux-rats bio, un sèche-chien ou un cercueil usagé en solde. On continue avec l'étage du Stade Infâme, avec "des champions laids comme des champignons" et des activités sportives comme l'escrime de spaghettis, la piscine de pus, la fessée acrobatique ou le ballon clouté. Et ainsi de suite: du Nauséabond Musée jusqu'à la salle de Spectacle Fétide, et avant de rencontrer le Maître des Enfers, le Papa en question va chercher et trouver, en même temps que le lecteur, des centaines d'idées folles, d'objets dingos, de trucs bizarres et d'inventions régressives, nourries de films d'horreur, de culture pop, et même de culture tout court, de Jérôme Bosch à Dante. Mais seul Léon Maret aurait pu inventer un trottoir en viande hachée ou un portraitiste au kebab. Ce Papa aux enfers, un beau livre grand format à la couverture jaune pétant et recouverte de tous les petits monstres qui peuplent cet enfer très personnel, se veut donc un "cherche et trouve des trucs dégueulasses" complètement inclassable, aussi ludique que freak. Outre d'y avoir imprimé des pages volontairement à l'envers, pour nous rappeler qu'ici, c'est l'enfer, Papa aux enfers est accompagné d'une feuille d'autocollants, tous plus beaux et répugnants les uns que les autres. Un jeu parfois pervers entre univers enfantin et cauchemar d'adulte qui devrait faire date dans la bibliographie naissante de Léon Maret, déjà publié chez Les Requins Marteaux (Course de bagnole en 2012) et depuis quelques albums, déjà bien barrés et ludiques, chez 2024 (CocoJumbo ou Sauve les chauves, dans lequel Maret tendait le crayon aux lecteurs pour qu'ils refassent eux-mêmes une petite coupe à Sarkozy, Robocop ou Astérix). Cette dernière maison d'édition, qui décidément ne lui refuse rien, est en train de s'imposer sur le terrain de l'alternatif rigolo mais érudit, avec quelques auteurs du genre de ce Maret bien salé. À noter que la sortie de Papa aux enfers coïncide, pour cause de Covid et d'un an de retard à l'allumage, avec celle, plus sage mais pas moins décalée, de Micro Zouzou contre les Maxi-Zinzins, un récit codessiné et coécrit avec Matthias Arégui, et qui fut prépublié l'été dernier dans... Picsou Magazine.