Le scénariste Fabien Grolleau se fend d'emblée d'une mise en garde envers quiconque s'essayerait au même défi que lui: résumer la vie presque irrésumable d'un des plus grands écrivains et voyageurs du XIXe siècle: "N'écrivez jamais sur un écrivain! Et surtout n'écrivez jamais sur Robert Lewis Balfour Stevenson! L'homme n'a vécu que quarante-quatre ans, presque toujours alité, malade à en crever, à une époque où voyager était encore un calvaire. Et pourtant, quelle vie!" Il propose donc, avec Jérémie Royer, un "...

Le scénariste Fabien Grolleau se fend d'emblée d'une mise en garde envers quiconque s'essayerait au même défi que lui: résumer la vie presque irrésumable d'un des plus grands écrivains et voyageurs du XIXe siècle: "N'écrivez jamais sur un écrivain! Et surtout n'écrivez jamais sur Robert Lewis Balfour Stevenson! L'homme n'a vécu que quarante-quatre ans, presque toujours alité, malade à en crever, à une époque où voyager était encore un calvaire. Et pourtant, quelle vie!" Il propose donc, avec Jérémie Royer, un "étrange voyage" dans la tête et l'existence de l'auteur d'au moins deux chefs-d'oeuvre immortels de la littérature et de la culture populaire, L'Île au trésor et L'Étrange Cas du docteur Jekyll et M. Hyde. Une plongée dans une vie qui fut "l'exercice même de la liberté", marquée entre autres par la maladie, la peur permanente de la mort, une imagination rare, un amour fou et un goût immodéré pour le voyage et les autres, qui le mèneront, contre toute logique médicale et d'époque, littéralement dans le monde entier, jusqu'au Pacifique et aux îles Samoa, où la mort le rattrapera. Roman graphique d'une grande lisibilité et vision très personnelle de ce que peut parfois être un biopic, en tout cas sur un terrain aussi fertile que la vie et les romans de Stevenson, cet Étrange voyage porte donc bien son nom. Il prend en effet le pli de s'éloigner des éléments purement factuels ou chronologiques pour les mêler, parfois avec beaucoup d'onirisme, aux textes et pensées de Stevenson -via des articles et récits de voyage regroupés après sa mort dans le recueil Essais sur l'art de la fiction, dans lequel Fabien Grolleau dit avoir beaucoup puisé. Surtout, ce roman graphique clôt en beauté, avec autant d'amour pour la nature que pour l'humain, une trilogie du voyage entamée par ce même duo avec Sur les ailes du monde, Audubon et HMS Beagle, aux origines de Darwin. Fabien Grolleau explique: "Audubon racontait l'obsédante passion d'un homme pour son art et pour les oiseaux; HMS Beagle décrivait comment la beauté de la nature provoqua la vocation scientifique de Darwin et la naissance de sa célèbre théorie. Avec Stevenson, nous avons raconté l'ardeur d'un homme qui se sait condamné mais qui lutte jusqu'au bout". Trois livres sur différentes formes de création, et sur le XIXe siècle, " époque qui raconte le mieux, à mon sens, le passage du monde naturel au monde industriel qui nous a construits et qui nous empoisonne aujourd'hui".