Dans certaines planches, puis certaines cases, il y a Dany, la quarantaine instable et solitaire: Dany se bat "tous les trois jours dans les bistrots, les magasins, les parcs ou les cimetières. Tu as un truc qui cloche". Son avocat le somme donc d'aller raconter son "truc" chez un psy. En l'occurrence une psy, à qui Dany va petit à petit dévoiler ce qui l'a complètement foutu en l'air. Une histoire de trois copains un peu paumés, de voiture volée, de moteur qui vrombit et d'un autre conducteur qui, contre toute ...

Dans certaines planches, puis certaines cases, il y a Dany, la quarantaine instable et solitaire: Dany se bat "tous les trois jours dans les bistrots, les magasins, les parcs ou les cimetières. Tu as un truc qui cloche". Son avocat le somme donc d'aller raconter son "truc" chez un psy. En l'occurrence une psy, à qui Dany va petit à petit dévoiler ce qui l'a complètement foutu en l'air. Une histoire de trois copains un peu paumés, de voiture volée, de moteur qui vrombit et d'un autre conducteur qui, contre toute attente, portait une arme et a tiré trois fois. Et puis, dans le même temps ou presque, dans les autres planches et les autres cases, il y a Jean qui, lui, se prépare à mourir du cancer dans son Ehpad, après une vie d'ouvrier grignotée par l'amiante. Le bon moment sans doute pour raconter à Claude, son copain de fin de vie, l'autre drame qui l'a aussi bouffé de l'intérieur. Une histoire d'accident sur un collier de serrage d'une épandeuse, de trahison syndicale, de menaces, d'un vieux pistolet Luger et d'une voiture qui le suit. Deux hommes et deux drames dont on sent évidemment très vite qu'ils seront liés. Et surtout deux récits qui ne se contentent pas de se répondre, mais qui au contraire s'enchevêtrent dans un seul et même puzzle d'une très grande maîtrise. Une mécanique précise qui fait presque tout le sel de ce polar social et de cette BD de genre. Au scénario, on reconnaît rapidement, pour la qualité de ses dialogues, le fond social sans angélisme ni manichéisme et un évident goût du noir, l'auteur Gilles Rochier. Parfait chroniqueur de son époque, de son quartier et de ses contemporains - TMLP, La Cicatrice, La Petite Couronne, Solo-, il prend plaisir, ces dernières années, à déléguer le dessin de certaines de ses histoires, peut-être moins intimes, à d'autres. C'est à nouveau le cas avec cet Impact qui demandait sans doute une lisibilité sans faille pour ne pas se prendre les pieds dans un découpage qui est, lui, autrement plus complexe. C'est donc Deloupy et sa ligne claire qui ont été choisis pour mettre en scène ce polar pur jus, même si le dessinateur n'avait jamais tâté du polar contemporain -il s'est jusqu'ici fait remarquer pour des BD témoignages tels Love Story à l'iranienne et un récit érotique, Pour la peau. Choix osé mais payant, puisqu'il rend soudain cet Impact plus accessible au grand public. C'est en tout cas tout le mal que l'on souhaite à ce one shot qui mériterait d'être décortiqué dans tout bon cours de scénario de bande dessinée.