Selon la zone où ils se trouvent sur la carte hydrographique de la Belgique, certains pourront également citer, pour peaufiner le désastre, Pluie d'enfer ou New York: destruction imminente, en référence au thriller humide dans lequel patauge Morgan Freeman et au film catastrophe qui voit Big Apple se transformer en lac. D'autres -ou les mêmes car, comme le disait joliment l'impayable Jacques Chirac, "les emmerdes, ça vole toujours en escadrille"-, qui ont pris le chemin de la Grèce ou de la Côte d'Azur pour espérer échapper aux sentences du Codeco et aux caprices d'un ciel couleur ciment, seront tentés de résumer leurs vacances par les scènes inflammables des Moissons du ciel de Malick ou par les images hypnotiques des puits de pétrole en feu embrasant la nuit dans There Will Be Blood.

Bref, entre les méga incendies, les pluies torrentielles qui transforment d'inoffensifs cours d'eau en dévastateurs murs d'eau, et les températures de four dans le Sud et de frigo chez nous, le menu météo de l'été aura été aussi indigeste qu'une salade César dans un restaurant bondé d'Étretat, nouvelle destination phare du tourisme Netflix.

Pour ne rien arranger, l'actualité internationale, qui d'ordinaire la met en veilleuse en juillet et août, a pris cette année de l'avance sur la rentrée. Le gâchis afghan est venu rappeler au monde que le feu (encore lui!) des volcans géopolitiques couve toujours sous les braises du Covid, mais aussi que les Américains excellent depuis le Viêtnam à rater leurs sorties des conflits où ils envoient leurs GI évangéliser les peuples en détresse -le Coca-Cola et les McDo, c'est plus efficace.

Entre les méga incendies, les pluies torrentielles et les températures de four dans le Sud et de frigo chez nous, le menu météo de l'été aura été aussi indigeste qu'une salade César dans un restaurant bondé d'Étretat.

Comme si cela ne suffisait pas, la liste des morts irremplaçables s'est encore allongée ces dernières semaines. Charlie Watts bien sûr, le Droopy du rock, mais aussi Claude Javeau, pop sociologue avant l'heure et infatigable contempteur de la connerie humaine.

Certes, tout n'est pas à jeter. Il y a bien eu ici et là quelques éclaircies. Le retour des festivals, même en format réduit ou de poche, comme à Ronquières ou à Couleur Café, rappelle les heures insouciantes d'avant la crise. En espérant que cette timide embellie ne soit pas douchée dès les premières semaines de septembre par une nouvelle vague ramenée de Benidorm ou... des quartiers défavorisés de Bruxelles. Dans un autre registre, la découverte improbable des archives de Céline, des milliers de feuillets dont au moins deux romans inédits, est aussi une bonne nouvelle sur le front dégarni de la culture. Même si elle va relancer le débat épineux et insoluble sur le degré d'opprobre à réserver à l'oeuvre, fût-elle géniale, sortie de la tête d'un salaud.

Comment ne pas sombrer dans la dépression devant ce catalogue de petites et grandes horreurs estivales? Tout ceci n'excuse toutefois pas l'engouement des abonnés belges de Netflix pour les pires navets du catalogue (Il est trop bien, Sweet Girl... Au secours!). On va mettre cet égarement sur le compte de la fatigue. Qui prendra fin, croisons les doigts, avec le festival de propositions Nutri-Score A ou B que nous avons sélectionnées ici avec grand soin dans l'abondante production culturelle de la rentrée. À moins que, pragmatique, le Belge n'ait déjà adopté le point de vue légèrement cynique de la journaliste de mode franco-anglaise Alice Pfeiffer, détaillé avec humour et aplomb dans Le Goût du moche (Flammarion), qui consiste donc à célébrer le mauvais goût, le kitsch, le plouc, le synthétique. Autant par défi envers les normes esthétiques imposées d'en haut, façon antivax, que pour se mettre au diapason d'un monde qui produit infiniment plus de laideur que de beauté. De quoi redonner un peu de peps au chaos ambiant en somme...

Selon la zone où ils se trouvent sur la carte hydrographique de la Belgique, certains pourront également citer, pour peaufiner le désastre, Pluie d'enfer ou New York: destruction imminente, en référence au thriller humide dans lequel patauge Morgan Freeman et au film catastrophe qui voit Big Apple se transformer en lac. D'autres -ou les mêmes car, comme le disait joliment l'impayable Jacques Chirac, "les emmerdes, ça vole toujours en escadrille"-, qui ont pris le chemin de la Grèce ou de la Côte d'Azur pour espérer échapper aux sentences du Codeco et aux caprices d'un ciel couleur ciment, seront tentés de résumer leurs vacances par les scènes inflammables des Moissons du ciel de Malick ou par les images hypnotiques des puits de pétrole en feu embrasant la nuit dans There Will Be Blood. Bref, entre les méga incendies, les pluies torrentielles qui transforment d'inoffensifs cours d'eau en dévastateurs murs d'eau, et les températures de four dans le Sud et de frigo chez nous, le menu météo de l'été aura été aussi indigeste qu'une salade César dans un restaurant bondé d'Étretat, nouvelle destination phare du tourisme Netflix. Pour ne rien arranger, l'actualité internationale, qui d'ordinaire la met en veilleuse en juillet et août, a pris cette année de l'avance sur la rentrée. Le gâchis afghan est venu rappeler au monde que le feu (encore lui!) des volcans géopolitiques couve toujours sous les braises du Covid, mais aussi que les Américains excellent depuis le Viêtnam à rater leurs sorties des conflits où ils envoient leurs GI évangéliser les peuples en détresse -le Coca-Cola et les McDo, c'est plus efficace. Comme si cela ne suffisait pas, la liste des morts irremplaçables s'est encore allongée ces dernières semaines. Charlie Watts bien sûr, le Droopy du rock, mais aussi Claude Javeau, pop sociologue avant l'heure et infatigable contempteur de la connerie humaine. Certes, tout n'est pas à jeter. Il y a bien eu ici et là quelques éclaircies. Le retour des festivals, même en format réduit ou de poche, comme à Ronquières ou à Couleur Café, rappelle les heures insouciantes d'avant la crise. En espérant que cette timide embellie ne soit pas douchée dès les premières semaines de septembre par une nouvelle vague ramenée de Benidorm ou... des quartiers défavorisés de Bruxelles. Dans un autre registre, la découverte improbable des archives de Céline, des milliers de feuillets dont au moins deux romans inédits, est aussi une bonne nouvelle sur le front dégarni de la culture. Même si elle va relancer le débat épineux et insoluble sur le degré d'opprobre à réserver à l'oeuvre, fût-elle géniale, sortie de la tête d'un salaud. Comment ne pas sombrer dans la dépression devant ce catalogue de petites et grandes horreurs estivales? Tout ceci n'excuse toutefois pas l'engouement des abonnés belges de Netflix pour les pires navets du catalogue (Il est trop bien, Sweet Girl... Au secours!). On va mettre cet égarement sur le compte de la fatigue. Qui prendra fin, croisons les doigts, avec le festival de propositions Nutri-Score A ou B que nous avons sélectionnées ici avec grand soin dans l'abondante production culturelle de la rentrée. À moins que, pragmatique, le Belge n'ait déjà adopté le point de vue légèrement cynique de la journaliste de mode franco-anglaise Alice Pfeiffer, détaillé avec humour et aplomb dans Le Goût du moche (Flammarion), qui consiste donc à célébrer le mauvais goût, le kitsch, le plouc, le synthétique. Autant par défi envers les normes esthétiques imposées d'en haut, façon antivax, que pour se mettre au diapason d'un monde qui produit infiniment plus de laideur que de beauté. De quoi redonner un peu de peps au chaos ambiant en somme...