Mines boudeuses et poses arty comme leurs consoeurs blanches, les filles racisées évoluent aujourd'hui dans des univers classieux qui renvoient une image urbaine, valorisante et "upper class", a priori débarrassée de tout relent néo-colonial nauséabond. Rien d'exceptionnel pour l'observateur attentif. Depuis quelques années, la présence des Noirs dans l'espace médiatique au sens large a grimpé en flèche, comme un écho vaporeux au mouvement Black Lives Matter. À moins qu'il ne s'agisse d'une forme de compensation plus ou moins consciente et pétrie de culpabilité -sorte de version actualisée du Sanglot de l'homme blanc cher à Pascal Bruckner-, pour les injustices subies par les personnes de couleur dans le monde réel, et révélées à la face du monde lors d'affaires choquantes à haute valeur symbolique. Des actes odieux attestant d'un racisme endémique persistant dans certains pays et non des moindres. Reste que dans les micro-trottoirs des JT, les spots publicitaires pour des objets de consommation courante, les séries télé estampillées Netflix ou sur les couvertures de magazines féminins, les personnes de couleur sont désormais visibles.

La présence des Noirs dans l'espace médiatique a grimpé en flèche, comme un écho à Black Lives Matter. À moins qu'il ne s'agisse d'une forme de compensation plus ou moins consciente et pétrie de culpabilité.

Une surreprésentation -proportionnellement à la part des Noirs dans la population s'entend- qui réjouira ceux qui pensent que c'est en banalisant la présence des personnes de couleur dans l'espace public qu'on endiguera le racisme, selon le principe qu'on se méfie moins de ceux que l'on connaît. Mais qui ne dupera pas ceux qui voient dans cet étalage avant tout une manière de surfer sur la vague, profitant surtout aux marques et aux diffuseurs qui cherchent à incarner une image de coolitude et d'implication, mais sans trop se mouiller politiquement, dans les débats de société. Il faut dire que le monde de la pub s'y connaît en recyclage. Il n'y a pas si longtemps, c'étaient les codes du punk et du porno qu'il dépouillait sans vergogne. Son association de longue date avec les stars noires du monde du sport étant d'ailleurs moins affaire d'émancipation que de fourguer des camions de baskets aux petits Blancs qui adulaient Michael Jordan.

Ce n'est sans doute pas un hasard si cette vague de visages à la peau sombre coïncide avec un boom de l'art contemporain africain. Après la peinture chinoise et après le roman scandinave, la hype a jeté son dévolu sur les plasticiens sub-sahariens ou afro-descendants. Leur cote explose, les galeristes du monde entier s'arrachent les Oluwole Omofemi et les Kehinde Wiley, et les magazines s'enflamment pour cet art engagé chatoyant. On n'a par ailleurs jamais autant traduit d'auteurs afro-américains, dont la plume convoque les fantômes du passé, comme Jesmyn Ward ou Colson Whitehead.

Ce brassage sémiotique atteint des sommets quand la crème du showbiz afro-américain rencontre l'incarnation ultime de l'artiste habité et révolté dans une publicité pour une marque qui a longtemps véhiculé les valeurs wasp. Soit Jay-Z et Beyoncé posant devant une toile de l'enfant terrible Basquiat pour le compte du joaillier de luxe Tiffany. Malgré l'association contre-nature, tout le monde y trouve son compte: les époux Carter, qui étalent leur pouvoir et poursuivent, après leur clip au Louvre, leur entreprise de réinterprétation de l'Histoire de l'art occidental, comme le groupe LVMH, qui rajeunit son joyau fané en le trempant dans la pop culture et la diversité.

On se dit chouette, les lignes bougent, les bastions blancs prennent des couleurs. Mais tout cela fait-il avancer les droits des minorités? Et reculer le racisme? Le doute est permis. Ce n'est peut-être qu'un début. Une graine qui va germer. Attention juste à ne pas prendre ces vessies glamour pour les lanternes d'une révolution des mentalités.

Mines boudeuses et poses arty comme leurs consoeurs blanches, les filles racisées évoluent aujourd'hui dans des univers classieux qui renvoient une image urbaine, valorisante et "upper class", a priori débarrassée de tout relent néo-colonial nauséabond. Rien d'exceptionnel pour l'observateur attentif. Depuis quelques années, la présence des Noirs dans l'espace médiatique au sens large a grimpé en flèche, comme un écho vaporeux au mouvement Black Lives Matter. À moins qu'il ne s'agisse d'une forme de compensation plus ou moins consciente et pétrie de culpabilité -sorte de version actualisée du Sanglot de l'homme blanc cher à Pascal Bruckner-, pour les injustices subies par les personnes de couleur dans le monde réel, et révélées à la face du monde lors d'affaires choquantes à haute valeur symbolique. Des actes odieux attestant d'un racisme endémique persistant dans certains pays et non des moindres. Reste que dans les micro-trottoirs des JT, les spots publicitaires pour des objets de consommation courante, les séries télé estampillées Netflix ou sur les couvertures de magazines féminins, les personnes de couleur sont désormais visibles. Une surreprésentation -proportionnellement à la part des Noirs dans la population s'entend- qui réjouira ceux qui pensent que c'est en banalisant la présence des personnes de couleur dans l'espace public qu'on endiguera le racisme, selon le principe qu'on se méfie moins de ceux que l'on connaît. Mais qui ne dupera pas ceux qui voient dans cet étalage avant tout une manière de surfer sur la vague, profitant surtout aux marques et aux diffuseurs qui cherchent à incarner une image de coolitude et d'implication, mais sans trop se mouiller politiquement, dans les débats de société. Il faut dire que le monde de la pub s'y connaît en recyclage. Il n'y a pas si longtemps, c'étaient les codes du punk et du porno qu'il dépouillait sans vergogne. Son association de longue date avec les stars noires du monde du sport étant d'ailleurs moins affaire d'émancipation que de fourguer des camions de baskets aux petits Blancs qui adulaient Michael Jordan. Ce n'est sans doute pas un hasard si cette vague de visages à la peau sombre coïncide avec un boom de l'art contemporain africain. Après la peinture chinoise et après le roman scandinave, la hype a jeté son dévolu sur les plasticiens sub-sahariens ou afro-descendants. Leur cote explose, les galeristes du monde entier s'arrachent les Oluwole Omofemi et les Kehinde Wiley, et les magazines s'enflamment pour cet art engagé chatoyant. On n'a par ailleurs jamais autant traduit d'auteurs afro-américains, dont la plume convoque les fantômes du passé, comme Jesmyn Ward ou Colson Whitehead. Ce brassage sémiotique atteint des sommets quand la crème du showbiz afro-américain rencontre l'incarnation ultime de l'artiste habité et révolté dans une publicité pour une marque qui a longtemps véhiculé les valeurs wasp. Soit Jay-Z et Beyoncé posant devant une toile de l'enfant terrible Basquiat pour le compte du joaillier de luxe Tiffany. Malgré l'association contre-nature, tout le monde y trouve son compte: les époux Carter, qui étalent leur pouvoir et poursuivent, après leur clip au Louvre, leur entreprise de réinterprétation de l'Histoire de l'art occidental, comme le groupe LVMH, qui rajeunit son joyau fané en le trempant dans la pop culture et la diversité. On se dit chouette, les lignes bougent, les bastions blancs prennent des couleurs. Mais tout cela fait-il avancer les droits des minorités? Et reculer le racisme? Le doute est permis. Ce n'est peut-être qu'un début. Une graine qui va germer. Attention juste à ne pas prendre ces vessies glamour pour les lanternes d'une révolution des mentalités.