"Yoi kiroku." Si la proposition de Google Traduction n'est pas trop fantaisiste, l'expression devrait signifier "un bon bilan" en japonais, soit exactement celui que peuvent dresser, rassurés, les organisateurs du FIBD d'Angoulême à la clôture de celui-ci, dimanche dernier. Faisant la part belle au Japon, cette 45e édition, pourtant jaugée comme celle de tous les dangers (point de vue fréquentation, sécurité, grogne des auteurs ou zizanie entre partenaires), semble avoir été au contraire celle de l'apaisement, même si tout reste à refaire: les contours du festival dépendront dorénavant d'un partenariat pluriannuel qui sera débattu au cours de l'année au sein d'une structure mise sur pied par le ministère de la Culture, et regroupant organisateurs, professionnels, partenaires publics et privés. À suivre donc. Seule certitude: les convictions internationalistes du festival sortent confortées de l'édition 2018, n'en déplaisent aux traditionalistes accros au franco-belge de papa -qui, eux, se sont pressés à l'expo Alux et à la rétrospective Cosey. La foule a en effet été particulièrement au rendez-vous des trois expositions, s...

"Yoi kiroku." Si la proposition de Google Traduction n'est pas trop fantaisiste, l'expression devrait signifier "un bon bilan" en japonais, soit exactement celui que peuvent dresser, rassurés, les organisateurs du FIBD d'Angoulême à la clôture de celui-ci, dimanche dernier. Faisant la part belle au Japon, cette 45e édition, pourtant jaugée comme celle de tous les dangers (point de vue fréquentation, sécurité, grogne des auteurs ou zizanie entre partenaires), semble avoir été au contraire celle de l'apaisement, même si tout reste à refaire: les contours du festival dépendront dorénavant d'un partenariat pluriannuel qui sera débattu au cours de l'année au sein d'une structure mise sur pied par le ministère de la Culture, et regroupant organisateurs, professionnels, partenaires publics et privés. À suivre donc. Seule certitude: les convictions internationalistes du festival sortent confortées de l'édition 2018, n'en déplaisent aux traditionalistes accros au franco-belge de papa -qui, eux, se sont pressés à l'expo Alux et à la rétrospective Cosey. La foule a en effet été particulièrement au rendez-vous des trois expositions, souvent saturées de lycéens, consacrées, donc, aux mangas et à trois de ses maîtres (Naoki Urasawa, présent et traité comme une star, Osamu Tezuka, et ses presque trop nombreux originaux, et Hiro Mashima, star des ados et du shonen avec sa série Fairy Tale). Un intérêt du public évident pour la bande dessinée japonaise, qui laissera l'année prochaine une grande place à la bande dessinée... américaine. Les comics seront -c'est déjà annoncé- à la fête de la 46e édition par la grâce de leur bonne santé éditoriale sur le marché francophone, mais aussi et surtout suite à l'élection surprise du vétéran Richard Corben en tant que Grand Prix. Conspué par ceux qui ne l'ont jamais lu mais adulé par de nombreux auteurs (même si on ne connaîtra sans doute jamais le résultat exact des votes au premier et second tour), l'Américain, découvert en France via la revue Métal Hurlant dans les années 70, devrait marquer de son trait politiquement très incorrect un festival très peu habitué à la SF ou à la Fantasy, et encore moins telles que Corben les manient, à savoir bourrées de testostérone, de gros nichons et de gros zizis. Une bande dessinée d'une grande maîtrise technique et graphique, mais aussi très masculiniste, qui jure un peu dans un contexte aux antipodes. Inconsciemment ou non, le jury du festival, présidé cette année par Guillaume Bouzard, a d'ailleurs rétabli la balance des sexes en attribuant de nombreux prix à des auteures (voir ci-dessous) de plus en plus en vue dans ce qui reste la plus grande vitrine au monde de la bande dessinée. Marion Montaigne aura ainsi marqué cette édition de sa présence et de son succès: non contente de réaliser en France le carton surprise de l'année derrière Astérix avec son livre consacré à l'astronaute Thomas Pesquet (lequel confirme l'essor des BD du réel et les stratégies des éditeurs, qui entendent désormais placer de la BD en dehors des seuls rayons BD), elle a également raflé le prix du public et a aussi fait carton-plein avec l'exposition consacrée à ses chroniques drôles et scientifiques sous le nom du Professeur Moustache, pourtant décentrée dans la ville.Et les Belges, dans tout ça? Le Fauve d'or du meilleur album offert l'année dernière à Eric Lambé et Philippe de Pierpont pour Paysage après la bataille semble bien loin: si le stand Dupuis et les animations Spirou ont fait le bonheur de la foule, et si le stand Wallonie-Bruxelles ouvre toujours dignement la bulle dédiée aux éditeurs alternatifs, force est de constater que nos compatriotes sont cette fois largement absents des palmarès, pourtant nombreux -en dehors des "Fauve" officiels, une bonne dizaine de prix étaient remis pendant les quatre jours du festival, du prix "Couilles au cul" récompensant un auteur pour son audace et sa bravoure (l'Iranien exilé Kianoush) au prix de la BD chrétienne (John Bost, un précurseur, de Bruno Loth et Vincent Henry). Seul l'excellent compatriote Max de Radiguès a été honoré du prix des lycéens pour son tout aussi excellent Bâtard, chez Casterman. Ultime tendance à pointer: si le numérique n'est plus considéré comme "the next big thing" du secteur comme ce fut le cas ces dernières années, avant de se fracasser sur la réalité des chiffres (la BD numérique augmente ses parts de marché, mais reste anecdotique), les webtoons -ou webcomics sud-coréens- pourraient bien venir, enfin, changer la donne. La plateforme Delitoon, essentiellement basée sur des productions sud-coréennes, était jusqu'ici la seule du genre, mais les grands éditeurs semblent enfin décidés à suivre le mouvement: Dupuis a ainsi annoncé la création de multiples webtoons originaux disponibles sur smartphones et tablettes dès avril, lesquels pourraient alimenter ensuite de "vrais" albums en papier. Ainsi Boni, de Ian Fortin, a déjà fait l'objet de 52 capsules animées chez les Québécois de Télétoon. Un premier album vient de sortir, et de nouvelles capsules seront produites et diffusées, entre autres sur Spirou.com.