>> Saison théâtrale 2018-2019: et les auteurs belges dans tout ça?
...

Deuxième édition pour le festival Le Festin axé sur les jeunes talents de la région de Mons-Borinage. Cinq créations à découvrir: Quand les oiseaux ne chantent plus de Sarah Sleiman sur un texte de Thomas Depryck autour des rêves et des désillusions d'une jeune fille; Lutte des classes d'après Asciano Celestini créé et joué par Salomé Cricks et Iacopo Bruno, incarnant deux collègues dont la parole s'emballe jusqu'à la révolution; Un hypnotique anonyme! de Sébastien Domogalla, du théâtre sans parole où, sur la simple trame d'un homme qui n'arrive plus à ouvrir sa porte, l'artiste pointe notre"accoutumance aux objets technologiques"; Tu fais la femme de Carole Lambert se penche sur un autre fléau du temps, l'ennui, comblé par un "chaos d'actions et de paroles"; enfin, I want you but I want you to want me more du Collectif Sueur aborde "nos solitudes connectées" à travers une soirée de fête enivrante... Un joli festin. N.A.La rentrée danse sera hip-hop ou ne sera pas. Propulsé cet été par les sessions Cyphers, le Detours Festival propose pendant onze jours une avalanche de battles, workshops et shows divers. Un des points culminants est sans conteste la création au KVS de FrontX (les 19 et 20/09), de la compagnie No Way Back, abordant "la question de la résilience individuelle à travers les trajectoires de vie d'une série d'artistes hors du commun". Un peu plus tôt (le 15/09), Zulu Nation débarque au Kaaitheater pour la traditionnelle Battle of the Year Benelux. Du côté de la cité du Doudou, en octobre (du 17 au 31), la deuxième édition du Mons Street Festival programme notamment Ibeu Lo (les 17 et 18/10 à la Maison Folie), mix de breakdance, de slam et de rythmes traditionnels sénégalais, créé entre Mons et Dakar (également présenté à Charleroi, le 19/10 à l'Eden, au Théâtre de La Louvière le 23/10 et au Centre culturel Jacques Franck à Bruxelles les 24 et 27/10). E.S.Confrontant art et espace public, le festival bruxellois Signal signe une 7e édition (internationale) sur "la joie du désaccord": débats, ateliers, performances urbaines... Avec la philosophe Chantal Mouffe pour causer de post-démocratie et les provocateurs des débats Tunde Adefioye (dramaturge) et Joanna Warsza (curatrice d'expo). Côté performance: No Regret (sur le geste, mouvement et le flash mob) de Liévine Hubert sur la Grand-Place, Minding The Gap de l'artiste afghane Kubra Khademi suspendue dans les airs à Molenbeek ou encore les déambulations d'un vitrier à l'ancienne au centre-ville de François Durif ainsi qu'une parade masquée à Sainte-Catherine... En clôture: concert acoustique d'Aquaserge dans un lieu-surprise! N.A.Que serait une rentrée sans un Shakespeare? Othello, avec son personnage principal de général maure (interprété pour la première fois par un acteur noir plus de deux siècles après la création, en 1825) dévoré par la jalousie, est ici revisité par la metteuse en scène Aurore Fattier (Bug, Elizabeth II) dans une atmosphère sombre mêlant roman noir, free jazz et Histoire de l'esclavage. Le rôle-titre a été confié à William Nadylam, acteur français aux racines camerounaises, réunionnaises et indiennes, qui a déjà assumé Hamlet pour Peter Brook. E.S.Sylvia Plath, écrivaine américaine, épouse du poète anglais Ted Hughes et mère de famille, s'est suicidée en 1963, à l'âge de 30 ans. Pour beaucoup, son destin tragique symbolise l'amère impossibilité pour une femme de concilier création artistique et tâches du foyer. Sa vie a inspiré à Fabrice Murgia un spectacle musical, sorte d'opéra pop porté par neuf comédiennes aux langues diverses, par les compositions originales du quartette d'An Pierlé interprétées en live et par les images vidéo de Juliette Van Dormael (la fille de Jaco). E.S.Dans la bouillonnante adolescence, les vibes peuvent être clash, absolues, sans concessions, chaotiques, lumineuses, pathétiques, mélancoliques, introverties, extraverties, musicales... Le Beurs nous invite à une performance sous forme d'émission radio en direct, Wild Life FM, sur la question: "Qu'est-ce que ça fait d'être jeune aujourd'hui et quelles bizarreries se trouvent dans la tête d'un adolescent?" Sur scène, un groupe de jeunes musiciens de Londres et des ados d'ici. Ils annoncent un "show drôle, brutal et honnête". Au menu: leurs chansons et la vie quotidienne. N.A.Adapter une bande dessinée pour la porter sur les planches est un fameux pari. Plus encore s'il s'agit d'une oeuvre aussi puissante et au concept aussi particulier qu'Ici de l'Américain Richard McGuire (publié en français chez Gallimard BD). Couronné d'un Fauve d'or au Festival d'Angoulême en 2016, Ici superpose sans souci de chronologie les époques et les existences en prenant pour unique cadre un plan fixe sur le salon d'une maison -celle de l'auteur, dans le New Jersey- et en tenant compte de ce qui a précédé sa construction et de ce qui suivra sa démolition, sur plusieurs milliards d'années au total. Après l'émouvant Lettre à D., adapté de l'ultime texte du philosophe André Gorz, Coline Struyf s'attelle à cette tâche périlleuse mais enthousiasmante. Avec deux comédiennes et trois comédiens pour prendre en charge les multiples vies qui ont peuplé cet espace découpé au scalpel, comme un échantillon d'humanité placé sous la loupe. E.S.Le trio David Van Reybrouck (écriture), Raven Ruëll (mise en scène) et Bruno Vanden Broecke (jeu) avait signé Missie/Mission, époustouflant seul en scène sur un Père blanc racontant sa mission au Congo, qui a tourné pendant neuf ans. Les revoilà avec Para, qui donne cette fois la parole à un soldat ayant participé à l'intervention militaire belge en Somalie en 1992-93, pour une "analyse de la tragédie complexe des opérations internationales de pacification". Le polyglotte Bruno Vanden Broecke le crée en français après la version originale en néerlandais fin 2016. E.S.Dans la mythologie nordique, le Valhalla est l'endroit du royaume des dieux où sont emmenés par les Valkyries les valeureux guerriers morts sur le champ de bataille. Chez la compagnie bruxelloise Petri Dish (Driften, Expiry Date), le terme recouvre une pièce de cirque pour six personnages, mix d'acrobaties sur mât chinois, de théâtre, de danse et de chant lyrique, autour d'un navire pris dans les glaces et de son capitaine despotique. Une féerie visuelle au parfum de fin du monde. E.S.Il y a 50 ans à la Monnaie, Jacques Brel signait la version française de Man of la Mancha, comédie musicale créée à Broadway et inspirée du célèbre roman de Cervantès. Dans le rôle du chevalier errant défiant les moulins à vent, le chanteur belge immortalisait La Quête et son inaccessible étoile. En cette année jubilaire, qui est aussi celle des 40 ans de la disparition de Brel, la Monnaie et le KVS remontent cette version "musical" de Don Quichotte, au moment même où le personnage est revenu à la surface grâce au film de Terry Gilliam. Avec comme figure de proue Filip Jordens, qui n'a cessé de rendre Hommage à Breldans son tour de chant au succès retentissant. À la barre du projet, le duo Michael De Cock (directeur du KVS) et Junior Mthombeni (Malcolm X, Rumble in da Jungle) promet une production très imprégnée par le Bruxelles d'aujourd'hui.À Charleroi, l'Ancre fêtera elle aussi Brel avec un Grand Feu (du 09 au 19/10), sélection de textes parmi les moins connus portés par le rappeur Mochélan (Nés poumons noirs) à la voix et Rémon Jr à la musique, dans une mise en scène de Jean-Michel Vanden Eeyden. E.S.