Avec notamment notre Gazette de la quarantaine, journal dans le journal qui proposera le temps que dure le lockdown une série de propositions culturelles à "consommer" depuis son canapé. Des artistes seront également de la partie pour des cartes blanches inédites. Et les enfants ne seront pas oubliés avec les aventure du passe-partout Imbattable et les jeux originaux signés en alternance Nix et Fifi. Le reste du magazine continue à couvrir les sorties musique, VOD, BD et bouquins. De quoi se distraire un peu du climat anxiogène, de quoi aussi faire profiter toute la famille d'une cure de vitamines culturelles. Même si on sait que le Covid-19 est dans toutes les têtes. Et donc aussi un peu beaucoup dans la nôtre. La preuve ci-dessous.

On a l'habitude de dire qu'une fois qu'une crise, sanitaire ou autre, est terminée, la situation finit toujours par revenir à la normale. De fait, même après les carnages des deux Guerres mondiales, la vie a repris le dessus, comme un tapis de végétation recouvrant à la longue un champ de ruines. Difficile de dire ce qu'il restera après dans les coeurs et dans les têtes de cet épisode viral -en espérant que ce ne soit qu'un épisode et non le début d'un cycle.

La résilience manifestée par la population après la vague d'attentats inciterait à un certain optimisme. Personne n'a oublié l'effroi, la douleur, la panique, l'incertitude, mais passée l'onde de choc, l'envie de vivre, de sortir, de bouger, de flâner a été plus forte que la peur. Le collectif l'a emporté. Même si depuis, l'ombre du souvenir plane au-dessus de nos têtes, comme un voile translucide tendu entre le monde et nous. Le 11 septembre avait déjà eu cet effet, brutal coup de canif dans l'étoffe de notre insouciance. On en a gardé une cicatrice indélébile. L'air de rien, ces traumas à répétition lestent notre entrain d'une forme de gravité, d'un rappel permanent et déplaisant de notre finitude.

Changerons-nous nos habitudes une fois le chapitre Covid-19 refermé?

En attendant de faire les comptes (combien de commerces ne se relèveront pas de cette épreuve?), de mesurer les éventuels bénéfices collatéraux pour l'humanité (la décroissance que beaucoup appelaient de leurs voeux mais qui se heurtait au principe de réalité néolibéral, la voilà. Changerons-nous pour autant nos habitudes une fois le chapitre Covid-19 refermé?), la situation actuelle met à l'épreuve notre modèle. Cela tient à la nature de l'ennemi, cet agent invisible qui se joue des frontières, profite même de la tuyauterie de la mondialisation pour voyager aussi aisément qu'un t-shirt bon marché d'une grande chaîne de prêt-à-porter. On n'est pas loin du fléau biblique, de la punition divine qui s'abattrait sur ceux qui ont osé défier le Créateur en se vautrant dans la cupidité. Ou, plus prosaïquement, du scénario catastrophe hollywoodien à la Contagion.

Si cette crise nous déstabilise autant, c'est peut-être parce qu'elle fait apparaître au grand jour notre fragilité. Fragilité des corps d'abord, démunis face à un "simple" virus microscopique. Fragilité des sociétés modernes ensuite, incapables malgré tout leur arsenal technologique de contenir la pandémie. On envisage d'aller sur Mars et de construire des clones mais on ne vient pas à bout d'une particule infectieuse. Le mythe du capitalisme tout-puissant s'effondre. À une échelle inédite, les générations qui n'ont pas connu la guerre font l'expérience de leur vulnérabilité, générant son lot de comportements irrationnels. Dont le plus édifiant est la razzia sur les rayons de papier toilette des supermarchés. Pour paraphraser Philip Roth, face à "la terreur de l'imprévu" les instincts grégaires resurgissent.

À une échelle plus intime, plus anthropologique, cette crise s'attaque à ce qui nous est cher: la propension universelle et culturellement valorisée à nouer des rapports sociaux. En buvant un verre, en partageant un repas ou en se saluant tout simplement. "Voilà pourquoi la "distanciation sociale" (l'élimination des contacts physiques entre individus), bien que nécessaire à un certain degré, est si contre-nature et si difficile à mettre en oeuvre", rappelait l'anthropologue franco-américain Scott Atran dans le Nouvel Obs. À défaut de poignées de main, de bisous et de câlins, on se consolera en embrassant fougueusement l'offre culturelle toujours disponible, des romans aux BD en passant par les films en VOD. La culture est contagieuse mais sans danger...

Avec notamment notre Gazette de la quarantaine, journal dans le journal qui proposera le temps que dure le lockdown une série de propositions culturelles à "consommer" depuis son canapé. Des artistes seront également de la partie pour des cartes blanches inédites. Et les enfants ne seront pas oubliés avec les aventure du passe-partout Imbattable et les jeux originaux signés en alternance Nix et Fifi. Le reste du magazine continue à couvrir les sorties musique, VOD, BD et bouquins. De quoi se distraire un peu du climat anxiogène, de quoi aussi faire profiter toute la famille d'une cure de vitamines culturelles. Même si on sait que le Covid-19 est dans toutes les têtes. Et donc aussi un peu beaucoup dans la nôtre. La preuve ci-dessous. On a l'habitude de dire qu'une fois qu'une crise, sanitaire ou autre, est terminée, la situation finit toujours par revenir à la normale. De fait, même après les carnages des deux Guerres mondiales, la vie a repris le dessus, comme un tapis de végétation recouvrant à la longue un champ de ruines. Difficile de dire ce qu'il restera après dans les coeurs et dans les têtes de cet épisode viral -en espérant que ce ne soit qu'un épisode et non le début d'un cycle. La résilience manifestée par la population après la vague d'attentats inciterait à un certain optimisme. Personne n'a oublié l'effroi, la douleur, la panique, l'incertitude, mais passée l'onde de choc, l'envie de vivre, de sortir, de bouger, de flâner a été plus forte que la peur. Le collectif l'a emporté. Même si depuis, l'ombre du souvenir plane au-dessus de nos têtes, comme un voile translucide tendu entre le monde et nous. Le 11 septembre avait déjà eu cet effet, brutal coup de canif dans l'étoffe de notre insouciance. On en a gardé une cicatrice indélébile. L'air de rien, ces traumas à répétition lestent notre entrain d'une forme de gravité, d'un rappel permanent et déplaisant de notre finitude. En attendant de faire les comptes (combien de commerces ne se relèveront pas de cette épreuve?), de mesurer les éventuels bénéfices collatéraux pour l'humanité (la décroissance que beaucoup appelaient de leurs voeux mais qui se heurtait au principe de réalité néolibéral, la voilà. Changerons-nous pour autant nos habitudes une fois le chapitre Covid-19 refermé?), la situation actuelle met à l'épreuve notre modèle. Cela tient à la nature de l'ennemi, cet agent invisible qui se joue des frontières, profite même de la tuyauterie de la mondialisation pour voyager aussi aisément qu'un t-shirt bon marché d'une grande chaîne de prêt-à-porter. On n'est pas loin du fléau biblique, de la punition divine qui s'abattrait sur ceux qui ont osé défier le Créateur en se vautrant dans la cupidité. Ou, plus prosaïquement, du scénario catastrophe hollywoodien à la Contagion. Si cette crise nous déstabilise autant, c'est peut-être parce qu'elle fait apparaître au grand jour notre fragilité. Fragilité des corps d'abord, démunis face à un "simple" virus microscopique. Fragilité des sociétés modernes ensuite, incapables malgré tout leur arsenal technologique de contenir la pandémie. On envisage d'aller sur Mars et de construire des clones mais on ne vient pas à bout d'une particule infectieuse. Le mythe du capitalisme tout-puissant s'effondre. À une échelle inédite, les générations qui n'ont pas connu la guerre font l'expérience de leur vulnérabilité, générant son lot de comportements irrationnels. Dont le plus édifiant est la razzia sur les rayons de papier toilette des supermarchés. Pour paraphraser Philip Roth, face à "la terreur de l'imprévu" les instincts grégaires resurgissent. À une échelle plus intime, plus anthropologique, cette crise s'attaque à ce qui nous est cher: la propension universelle et culturellement valorisée à nouer des rapports sociaux. En buvant un verre, en partageant un repas ou en se saluant tout simplement. "Voilà pourquoi la "distanciation sociale" (l'élimination des contacts physiques entre individus), bien que nécessaire à un certain degré, est si contre-nature et si difficile à mettre en oeuvre", rappelait l'anthropologue franco-américain Scott Atran dans le Nouvel Obs. À défaut de poignées de main, de bisous et de câlins, on se consolera en embrassant fougueusement l'offre culturelle toujours disponible, des romans aux BD en passant par les films en VOD. La culture est contagieuse mais sans danger...