Quelle semaine, purée! Quel début d'année complètement cinglé! Un truc fascinant avec les images du Capitole de Washington, c'est qu'on n'a rien de trop comparable en mémoire à quoi se raccrocher. D'où cette très étrange impression de voir se mélanger des photos des Journées du Patrimoine à des extraits des films Olympus Has Fallen et Idiocracy, "South Park en vrai"! C'est bien simple: je n'ai pas le souvenir d'un autre événement historique qui ait à ce point mixé le dramatique au ridicule. Même le premier bombardement de Berlin par la Royal Air Force, la nuit du 26 août 1940, fiasco notoire où seul un éléphant du zoo fut tué et une cabane de jardinage détruite, ne fut pas grotesque à ce point. Tout aussi risible est cette épidémie de "couilles aux culs" qui voit soudainement le courage et la responsabilité médiatico-politiques contaminer celles et ceux qui auraient dû encager Donald J. Trump dès 2016. Troisième vaste blague: Twitter bannit Trump à vie, quelle affaire! Quel sacrifice de vache à lait! Quel putsch surtout, certes uniquement symbolique et juridique, mais vrai de vrai celui-là, pas un remake white trash et vandale de Mr Smith au Sénat. Bien sûr, virer en urgence de Twitter un Donald Trump semblant définitivement passé en mode Néron, qui incite et glorifie la violence à l'égard des élus dont il s'estime trahi, est quelque chose qui est sans doute nécessaire pour éviter d'autres drames. Un cordon sanitaire, des mesures extraordinaires d'extrême urgence face à un "clear & present danger" spécifique.
...

Quelle semaine, purée! Quel début d'année complètement cinglé! Un truc fascinant avec les images du Capitole de Washington, c'est qu'on n'a rien de trop comparable en mémoire à quoi se raccrocher. D'où cette très étrange impression de voir se mélanger des photos des Journées du Patrimoine à des extraits des films Olympus Has Fallen et Idiocracy, "South Park en vrai"! C'est bien simple: je n'ai pas le souvenir d'un autre événement historique qui ait à ce point mixé le dramatique au ridicule. Même le premier bombardement de Berlin par la Royal Air Force, la nuit du 26 août 1940, fiasco notoire où seul un éléphant du zoo fut tué et une cabane de jardinage détruite, ne fut pas grotesque à ce point. Tout aussi risible est cette épidémie de "couilles aux culs" qui voit soudainement le courage et la responsabilité médiatico-politiques contaminer celles et ceux qui auraient dû encager Donald J. Trump dès 2016. Troisième vaste blague: Twitter bannit Trump à vie, quelle affaire! Quel sacrifice de vache à lait! Quel putsch surtout, certes uniquement symbolique et juridique, mais vrai de vrai celui-là, pas un remake white trash et vandale de Mr Smith au Sénat. Bien sûr, virer en urgence de Twitter un Donald Trump semblant définitivement passé en mode Néron, qui incite et glorifie la violence à l'égard des élus dont il s'estime trahi, est quelque chose qui est sans doute nécessaire pour éviter d'autres drames. Un cordon sanitaire, des mesures extraordinaires d'extrême urgence face à un "clear & present danger" spécifique. N'empêche, voilà donc qu'une entreprise privée vient de museler sur son réseau social un président certes extrêmement problématique, mais néanmoins élu démocratiquement, ainsi que la communication officielle de la Maison-Blanche. C'est inédit, historique, et ça nous plonge dans l'inconnu total: Jack de Twitter ne vient-il en effet pas de nous montrer qu'il a en réalité plus de pouvoir sur le président des États-Unis que tous ces politiciens, y compris le vice-président Mike Pence, qui semblent de leur côté fort hésiter à invoquer le 25e amendement et ne pas voir l'intérêt d'un nouvel "impeachment" à seulement une dizaine de jours du changement d'administration? Autrement dit, s'il reste vraiment à prouver que la carrière politique de Donald Trump est morte au soir de ce 6 janvier 2021, la neutralité de principe (et de façade!) du réseau social le plus utilisé par le monde politique n'y a probablement pas survécu. Attention! Je ne dis pas ici que nous venons de basculer dans un monde partisan et "très sombre, de censure, de surveillance, de haine, un monde ennemi des libertés et du genre humain", comme l'a avancé avec une emphase assez bête l'ex-Front National Florian Philippot. Je ne défends pas la liberté d'expression de Trump et son éviction de Twitter ne m'est pas du tout scandaleuse. Elle m'apparaît plutôt elle aussi à la fois grotesque et effrayante, à l'instar de l'invasion du Capitole par ces Bidochons made in USA. Il y a en fait d'abord quelque chose de rassurant et même de jouissif à voir Trump interdit de Twitter, tout comme il est rassurant et jouissif de voir sortir par le fond du pantalon un ivrogne braillard d'une salle de spectacle. Mais quand quelqu'un devient complètement ivre dans une salle de spectacle, c'est bien souvent en consommant au bar de celle-ci. Le taulier permet l'ivresse, l'encourage même. Bref, quand il fait virer les ivrognes, le taulier fait preuve d'une belle hypocrisie. Tout comme Jack de Twitter, puisque s'il est indiscutable que Trump ment et incite à la violence, il est tout aussi indéniable qu'il y est en réalité encouragé par le fonctionnement même de la plateforme. Twitter flatte les égos malades, donne des ailes aux personnalités narcissiques. Twitter incite à la violence, à la justice expéditive, aux lynchages virtuels et aux mensonges cautionnés par des politiciens de tous bords. Twitter est le principal terrain d'opérations de la guerre culturelle mondiale en cours. Twitter n'a pas la solution au problème Trump. En bannissant ce dernier à vie de son réseau, Twitter agit en réalité juste comme ces tenanciers de bistrots cocaïnés jusqu'aux oreilles qui interdisent à leurs clients de fumer un joint sur leurs terrasses ou de sniffer des lattes dans leurs gogues. C'est un show hypocrite. C'est se payer une bonne conscience en soldes, tenter d'affirmer que la pyromanie est guérie avec 150 allumettes en poche. Moi boss de Twitter, j'en aurais une bien bonne, de solution. On ne vire pas que Trump. On les vire tous. Tous sans exception. Tous les politiciens. Les mauvais, les bons. Les vertueux, les corrompus. L'extrême droite, la gauche caviar, le centre mou. Tous. Twitter devient un réseau social interdit d'utilisation aux politiciens, pour eux uniquement consultable. Les mensonges cinglés de Donald Trump ont mené à la mort de cinq personnes et à une répétition assez dissipée mais bien réelle d'insurrection. C'est très grave. Mais c'est l'étalage non-stop de mises en scène ridicules, d'indignations surjouées, de partis-pris approximatifs et de mensonges réels ou perçus comme tels par des politiciens sur les réseaux sociaux qui ont aussi fait voter pour Trump. C'est moins grave, mais pas du tout anodin. Durant ces quatre dernières années, combien de politiciens, tous bords confondus, n'ont-ils d'ailleurs pas vu en Trump un monstre de communication, quelqu'un de qui s'inspirer au moment de se mettre en scène et de générer du clic sur les réseaux sociaux? Combien ne sont-ils pas eux-mêmes devenus accros à Twitter, une plateforme entièrement conçue pour rendre accros les personnalités communicatives et narcissiques? À quand remonte l'impression que les modèles à suivre n'étaient plus les discours de Churchill, Mitterrand et Obama mais bien les emballements d'EnjoyPhoenix et de Kim Kardashian? Sous-Trump de droite, presque Trump de gauche, Trumpettes n'ayant même pas conscience de se trumpiser: ça pullule! Ça fait maintenant 5 ans que le monde s'écroule et 5 ans que sur les réseaux sociaux, une grosse partie du personnel politique se montre surtout en train de commenter The Voice, de partager des recettes de quiches et de vanter les mérites du lissage brésilien. Quand ça ne prend pas carrément partie dans des dossiers judiciaires en s'asseyant sur la présomption d'innocence et la séparation des pouvoirs ou que cela ne soutient des flics brutaux que pourtant 8 enregistrements vidéo différents incriminent. Un peu de hauteur et de stature, que diable! De solennité. De recul. On veut des perspectives, des idées, des visions. De la sagesse. De l'expertise. De l'impartialité. Pas devenir best friends. Pas savoir ce qu'une présidente de parti pense de Bridgerton et le nom du clébard du septième ministre de la Santé. Le monde ne sera pas sauvé dès que banni d'Internet le populisme d'extrême droite. Il serait, je pense, par contre drôlement plus vivable si la com politique en revenait à ne plus s'exprimer que via les canaux officiels, lors de débats cadrés et sur des sites personnels sans limite de caractères. Le populisme a sa part de responsabilité dans ce qui s'est passé au Capitole mercredi. La politique du spectacle permanent et de la fausse proximité avec sa base électorale aussi. Je ne plaisante donc pas du tout en proposant d'interdire Twitter aux politiciens. Je suis en revanche prêt à leur concéder de poser de temps en temps en short sur un pédalo-canard pour Paris Match ou Closer, allez...