Projeté en toute fin de festival, Nomadland, le troisième long métrage de l'Américaine Chloé Zhao, a remporté, samedi soir, le Lion d'or de la 77e Mostra de Venise. Un couronnement logique pour un film de toute beauté ayant fait, chose rare, l'unanimité lors de sa présentation. La cinéaste, découverte il y a trois ans avec The Rider, y suit une femme d'une cinquantaine d'années (Frances McDormand, épatante) que la faillite de la ville minière du Nevada où elle vivait pousse à prendre la route, embarquant dans son van pour une errance dans l'ouest américain, nomade d...

Projeté en toute fin de festival, Nomadland, le troisième long métrage de l'Américaine Chloé Zhao, a remporté, samedi soir, le Lion d'or de la 77e Mostra de Venise. Un couronnement logique pour un film de toute beauté ayant fait, chose rare, l'unanimité lors de sa présentation. La cinéaste, découverte il y a trois ans avec The Rider, y suit une femme d'une cinquantaine d'années (Frances McDormand, épatante) que la faillite de la ville minière du Nevada où elle vivait pousse à prendre la route, embarquant dans son van pour une errance dans l'ouest américain, nomade des temps modernes dérivant de petits boulots en communautés éphémères. S'ensuit un road-movie sensible, portant un regard acéré sur la réalité précaire de marginaux en rupture du rêvé américain, tout en vibrant d'un puissant appel de liberté. Une franche réussite et, signe des temps, le premier film réalisé par une femme à remporter le Lion d'or vénitien depuis Somewhere, de Sofia Coppola, il y a tout juste dix ans. On ne voyait jamais que l'exceptionnel Pieces of a Woman, autre film américain cosigné par les Hongrois Kornel Mundruczo et Kata Wéber, pour lui contester la récompense suprême. Le jury présidé par Cate Blanchett n'est pas resté insensible à ce bouleversant mélodrame, octroyant le prix de la meilleure actrice à Vanessa Kirby, inoubliable sous les traits d'une femme confrontée à la mort de son nourrisson. La comédienne britannique est accessoirement non moins remarquable dans The World to Come, de la Norvégienne Mona Fastvold, l'un des oubliés du palmarès, au même titre que Le sorelle Macaluso, de l'Italienne Emma Dante, deux histoires de femmes parmi les nombreuses que comptait la sélection. Le jury leur a préféré Nuevo Orden, du Mexicain Michel Franco, dystopie-choc clichant les inégalités sociales et le cynisme des puissants dans une surenchère de violence, et Grand Prix éminemment discutable, ainsi que Spy no Tsuma, de Kiyoshi Kurosawa, récompensé pour sa mise en scène à l'académisme léché. Le prix du jury à Andrei Konchalovsky pour Dear Comrades! salue, là encore, un film à l'exécution soignée, tandis que celui du scénario à The Disciple, de Chaintanya Tamhane récompense un film hypnotique ayant quelque peu rudoyé la patience des spectateurs. Enfin, les prix du meilleur acteur à Pierfrancesco Favino pour Padrenostro, de l'Italien Claudio Noce, et du meilleur espoir à Roohollah Zamani, pour Khorshid, de l'Iranien Majid Majidi, complètement le palmarès de cette Mostra. Un palmarès auquel on s'en voudrait de ne pas ajouter Alberto Barbera, le directeur artistique de la manifestation, et ses équipes, qui, en menant le premier festival post-Covid à bon port, ont démontré que le cinéma avait encore un avenir, ce qui était peut-être l'essentiel...