Ça a fait l'effet d'une bombe dans le monde du cinéma quand la nouvelle est tombée. James Dean, acteur phare du cinéma hollywoodien des années 50, reviendra sur grand écran. Suite à un accord avec les proches de la star, la boîte de production Magic City Films a obtenu les droits d'utilisation de l'image de James Dean. L'acteur de La fureur de vivre, décédé en 1955 à l'âge de 24 ans, sera donc recréé numériquement pour le film Finding Jack d'Anton Ernst et Tati Golykh. "On a cherché en long et en large le parfait acteur pour incarner le rôle de Rogan, qui est assez complexe et après plusieurs mois de recherches, on a choisi James Dean", explique Ernst. Ce à quoi a répondu la community manager de Star Wars, Michelle Buchman, "Il y a littéralement un festival James Dean tous les ans à Indiana, où ils ont un concours de sosies donc si vous vouliez vraiment en trouver un, ce n'est pas si difficile."

L'annonce faite ce mercredi n'aura pas tardé à faire réagir d'autres membres de l'industrie. Chris Evans, acteur de Captain America dans le MCU, l'a fait savoir dans un tweet: "Je suis sûr qu'il en serait ravi. C'est dégueulasse. Peut-être qu'on pourrait avoir un ordi pour nous peindre un nouveau Picasso ou pour écrire de nouvelles chansons de John Lennon. Le manque complet de compréhension ici, est honteux." Il est également soutenu par Elijah Wood. L'interprète de Frodon Sacquet a simplement tweeté "NON. Ça ne devrait pas exister."

Fille du regretté Robin Williams, Zelda Williams a aussi fait savoir ce qu'elle pensait de cette situation. Elle, qui n'aimerait pas que l'on touche à l'image de son père, s'explique sur Twitter: "J'en ai parlé à mes amis depuis des ANNÉES et personne ne me croyait quand je disais que l'industrie se ruerait dessus une fois que cette technologie serait améliorée. Coup de pub ou pas, c'est utiliser "l'influence" d'un mort et ça crée un horrible précédent pour le futur du métier d'acteur." Une multitude de tweets sur le sujet ont suivi de la part de la jeune actrice.

Utiliser le visage d'un artiste décédé, n'est pas une chose nouvelle dans le cinéma. De nombreux acteurs décédés se sont vu apparaitre dans des films alors qu'ils n'avaient rien demandé. C'était le cas de l'acteur britannique Peter Cushing, aperçu dans Rogue One: A Star Wars Story sorti en 2016, soit 22 ans après sa mort. Au lieu de caster un autre acteur pour incarner son rôle de Grand Moff Tarkin de la trilogie originale Star Wars, les studios ont décidé de ressusciter numériquement son interprète original. Alors qu'il n'avait pas fini de tourner ses scènes pour le 7e opus de la saga Fast & Furious, Paul Walker décède dans un accident de voiture et a fait également l'objet d'une résurrection numérique afin qu'on puisse boucler les séquences qu'il n'avait pas tourné.

Mais avec cette affaire sur James Dean, on atteint le niveau supérieur. Si cette technologie a déjà été utilisée auparavant, c'était, certes sur des acteurs décédés, mais qui avaient déjà interprété le rôle de leur vivant. Or, dans ce cas-ci, on prive un jeune acteur l'occasion de se faire connaitre à travers ce rôle, finalement confié à quelqu'un disparu depuis plus de 50 ans. Qui plus est, parmi les prétendants pour jouer Rogan se trouvait peut-être le futur James Dean... On ne s'étonnera donc pas de voir prochainement Marlon Brando ou James Stewart incarner de nouveaux héros Marvel.

Cette façon de faire malsaine et qui laisse à désirer éthiquement parlant a même fait l'objet d'un film. Dans Le congrès, sorti en 2013, Ari Folman mêle animation et prises de vues réelles. Robin Wright y incarne son propre rôle et se voit proposer par la Miramount d'être scannée. Son alias pourra ainsi être librement exploité dans tous les films que la major compagnie hollywoodienne décidera de tourner, même les plus commerciaux, ceux qu'elle avait jusque-là refusés. Pendant 20 ans, elle doit disparaître et reviendra comme invitée d'honneur du Congrès Miramount-Nagasaki dans un monde transformé et aux apparences fantastiques...

Outre les résurrections numériques, le rajeunissement numérique est de plus en plus populaire au sein des productions américaines. Récemment, on a pu voir dans le Gemini Man de Ang Lee, un Will Smith affrontant son double rajeuni de quelques années. Même Martin Scorsese va s'y mettre avec The Irishman, disponible fin novembre sur Netflix. Robert De Niro, Al Pacino et Joe Pesci perdront quelques rides le temps d'une poignée de scènes. Disney est également très friand de cette avancée technologique. Pas moins de six de leurs productions ont fait appel à cette technologie. On peut y voir des acteurs tels que Johnny Depp, Samuel L. Jackson ou encore Michael Douglas plus jeunes de quelques années. Si cette technologie peut se montrer bluffante par moments, d'autres piqueront aux yeux tant c'est cramé à des kilomètres que tout n'est qu'illusion.

Pour revenir au cas sur James Dean, cette histoire est loin d'être terminée et on ne serait pas étonné que les deux réalisateurs reviennent sur leur décision, suite à la pression émise en ce moment sur les réseaux sociaux.

Audry Losada Valle