"Never change a winning team": bien connu des amateurs de football, l'adage s'applique aussi au cinéma. Réalisateur de cinq longs métrages en 20 ans (en plus de signer des scénarios pour Susanne Bier, Saul Dibb ou Kristian Levring), Anders Thomas Jensen y a ainsi systématiquement associé Mads Mikkelsen, lui réservant, de Flickering Lights à Men & Chicken, une série d'emplois loufoques. Le cinéaste et le comédien danois font aujourd'hui à nouveau la paire pour Riders of Justice (lire notre critique), une de ces comédies noires dont le premier s'est fait le spécialiste inspiré -" Avec Anders, je pense que je signerais les yeux fermés", s'esclaffe l'acteur, interviewé virtuellement pour l'occasion.
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"Never change a winning team": bien connu des amateurs de football, l'adage s'applique aussi au cinéma. Réalisateur de cinq longs métrages en 20 ans (en plus de signer des scénarios pour Susanne Bier, Saul Dibb ou Kristian Levring), Anders Thomas Jensen y a ainsi systématiquement associé Mads Mikkelsen, lui réservant, de Flickering Lights à Men & Chicken, une série d'emplois loufoques. Le cinéaste et le comédien danois font aujourd'hui à nouveau la paire pour Riders of Justice (lire notre critique), une de ces comédies noires dont le premier s'est fait le spécialiste inspiré -" Avec Anders, je pense que je signerais les yeux fermés", s'esclaffe l'acteur, interviewé virtuellement pour l'occasion. Riders of Justice est du pur Jensen en effet, à une nuance près: Mads Mikkelsen y tient, une fois n'est pas coutume, le rôle sérieux, celui de Markus Hansen, un militaire de carrière rentré au Danemark suite à la mort accidentelle de sa femme pour s'"occuper" de leur fille adolescente. Il en faudra peu toutefois pour que l'homme, muré dans sa raideur et sa douleur, se laisse convaincre par une bande de geeks conspirationnistes que son épouse comptait parmi les victimes collatérales d'un attentat fomenté par le gang de motards donnant son titre au film. Et son sang de ne faire qu'un tour... "C'était intéressant de me retrouver pour une fois de l'autre côté de la table, de ne pas jouer le type givré face à quelqu'un de sérieux, mais bien l'inverse. Une ligne pas toujours évidente à maintenir tant ils sortent des énormités. Mais il s'agit aussi clairement d'un individu traumatisé, et j'ai veillé à rester dans cette humeur et à considérer mes partenaires comme le feraient les spectateurs, à savoir comme des idiots dont il a besoin pour remplir sa mission. Markus est un homme essayant de trouver une logique là où il n'y en a pas, et recourant aux outils et au langage qu'il a à sa disposition pour résoudre des problèmes qui ne peuvent peut-être pas l'être par ces moyens..." Le genre, en tout état de cause, à ne pas s'embarrasser de questions au moment d'agir, psychorigide dans sa manière d'être, et semblant cacher ses émotions derrière une barbe aussi imposante que taillée au millimètre: "C'est une vraie, souligne l'acteur. Je déteste jouer avec un postiche: on n'ose plus bouger les lèvres de crainte de le perdre. Et puis, l'apparence apporte du crédit au personnage que vous interprétez: il est plus facile de persuader les gens que vous pourriez les tuer en arborant un look comme celui-là qu'en ressemblant à un membre des Beatles..." Des rôles sur le fil du rasoir, l'acteur en a déjà quelques-uns à son actif. Et cela, quel que soit le registre envisagé, de la série Hannibal au survival Arctic, en passant plus récemment par Drunk ou Chaos Walking. Non que repousser ses limites soit sa motivation exclusive: "On me propose beaucoup de choses extrêmes que je n'ai encore jamais faites, et je les repousse si elles ne me parlent pas. Sans quoi je me serais sans doute déjà retrouvé à escalader l'Everest nu. Il faut que je croie en l'histoire et que le réalisateur ait une flamme et une vision qui me donnent envie de partager son rêve. ça démarre comme ça, et puis ça peut s'avérer génial, ou parfois moins..." Avec Anders Thomas Jensen, la confiance mutuelle rend désormais les préliminaires inutiles: "C'est une relation très saine, parce nous nous poussons mutuellement un peu plus loin que nous ne le ferions avec d'autres. Et en même temps, du fait de notre familiarité, nous pouvons aussi nous permettre d'être francs et directs: quand quelque chose ne fonctionne pas, nous n'avons pas peur de nous le dire, et de l'admettre." Cash donc, comme un humour noir ne s'embarrassant pas toujours de bon goût: "Ce n'est pas propre au Danemark, on retrouve ça aussi en Australie ou en Écosse par exemple: on aime bien aller gratter derrière les tabous et les interdits, pour y trouver matière à sourire. Ce n'est pas de la provocation, mais plutôt le fait que nous voyons l'absurdité de choses dont, dans d'autres cultures, on préfère ne pas parler." Riders of Justice surfe également, non sans humour, sur l'humeur conspirationniste de l'époque. "Anders Thomas n'a jamais parlé d'autre chose que de l'ironie voulant que nous contestions de petites choses tout en étant prêts à accepter les plus grosses, tant nous tenons à trouver un sens à notre existence. ça renvoie à cette citation fameuse: "vous ne trouverez pas d'athée dans un avion en train de se crasher". Il y a quelque chose de très vrai à ça." Une perspective aussi porteuse que grinçante, pour un film dont le succès est venu confirmer, peu après celui du formidable Drunk de Thomas Vinterberg, l'étonnante vitalité du cinéma danois. Une réussite dont Mads Mikkelsen, star de l'un comme l'autre, situe l'origine au milieu des années 90: "À l'époque, il y a eu le concept du Dogme et on a assisté aux premiers pas de réalisateurs comme Lars von Trier, Thomas Vinterberg, Susanne Bier ou Nicolas Winding Refn. Notre génération a grandi avec des films comme Apocalypse Now ou Taxi Driver, dont nous nous demandions, en sortant des cours d'art dramatique, pourquoi nous n'avions jamais rien fait qui s'en approche. Ce groupe de réalisateurs est apparu avec l'ambition de faire bouger les choses, le Danemark s'est retrouvé sur la carte, ça nous a procuré un certain succès et un peu plus de fierté dans ce que nous faisions. Il y a eu une émulation, et d'autres réalisateurs se sont dit que le rêve était à portée de main..."