Investissant un établissement luxueux des Alpes suisses, le réalisateur y fait deviser deux amis à l'automne de leur vie, Fred Ballinger (Michael Caine), un compositeur-chef d'orchestre que rien ne saurait arracher à sa retraite, et Mick Boyle (Harvey Keitel), un réalisateur s'affairant au scénario d'un dernier film-testament. Et d'entamer en leur compagnie une déambulation sur le film de l'existence, réflexion sur le temps qui passe charriant son cortège de souvenirs, et trouvant dans les pensionnaires de l'hôtel -un moine bouddhiste, un jeune acteur préparant un rôle, une Miss Univers, un vieux couple mutique et jusqu'à une ex-star du ballon rond, parmi d'autres- autant de miroirs réfléchissants.

Tourné en anglais (avec heureusement plus de bonheur que This Must Be the Place), Youth est une symphonie dont l'exubérance formelle est compensée par une teneur mélancolique persistante, où affleure aussi un sentimentalisme diffus. Le style de Sorrentino est reconnaissable entre tous, et le réalisateur en fait ici généreusement étalage. Mais si le baroque outrancier n'est donc jamais fort éloigné, entre fulgurances et kitsch assumé, son film produit, l'air de rien, une mélodie existentielle délicatement insistante, atteignant, sous le clinquant, à quelque douloureuse profondeur intime. Une manière de tour de force, qu'incarnent magistralement Michael Caine et Harvey Keitel, venus donner à cette extravagance striée de nostalgie des contours désabusés de circonstance... Une oeuvre de toute beauté.

DE PAOLO SORRENTINO. AVEC MICHAEL CAINE, HARVEY KEITEL, RACHEL WEISZ. 1H56. SORTIE: 07/10.

Lire également notre interview de Paolo Sorrentino, sa filmgraphie en 4 films...

Investissant un établissement luxueux des Alpes suisses, le réalisateur y fait deviser deux amis à l'automne de leur vie, Fred Ballinger (Michael Caine), un compositeur-chef d'orchestre que rien ne saurait arracher à sa retraite, et Mick Boyle (Harvey Keitel), un réalisateur s'affairant au scénario d'un dernier film-testament. Et d'entamer en leur compagnie une déambulation sur le film de l'existence, réflexion sur le temps qui passe charriant son cortège de souvenirs, et trouvant dans les pensionnaires de l'hôtel -un moine bouddhiste, un jeune acteur préparant un rôle, une Miss Univers, un vieux couple mutique et jusqu'à une ex-star du ballon rond, parmi d'autres- autant de miroirs réfléchissants. Tourné en anglais (avec heureusement plus de bonheur que This Must Be the Place), Youth est une symphonie dont l'exubérance formelle est compensée par une teneur mélancolique persistante, où affleure aussi un sentimentalisme diffus. Le style de Sorrentino est reconnaissable entre tous, et le réalisateur en fait ici généreusement étalage. Mais si le baroque outrancier n'est donc jamais fort éloigné, entre fulgurances et kitsch assumé, son film produit, l'air de rien, une mélodie existentielle délicatement insistante, atteignant, sous le clinquant, à quelque douloureuse profondeur intime. Une manière de tour de force, qu'incarnent magistralement Michael Caine et Harvey Keitel, venus donner à cette extravagance striée de nostalgie des contours désabusés de circonstance... Une oeuvre de toute beauté.