C'est auréolé de l'Oscar du meilleur scénario original que nous arrive Promising Young Woman, le film consacrant le passage derrière la caméra de la comédienne et autrice britannique Emerald Fennell, ci-devant Camilla Parker-Bowles dans The Crown et showrunner de la seconde saison de Killing Eve. S'inscrivant ouvertement dans la veine post-#MeToo, la cinéaste y livre une satire mordante de la société américaine, adoptant pour le coup la forme d'un "revenge movie" féministe proprement jubilatoire.
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C'est auréolé de l'Oscar du meilleur scénario original que nous arrive Promising Young Woman, le film consacrant le passage derrière la caméra de la comédienne et autrice britannique Emerald Fennell, ci-devant Camilla Parker-Bowles dans The Crown et showrunner de la seconde saison de Killing Eve. S'inscrivant ouvertement dans la veine post-#MeToo, la cinéaste y livre une satire mordante de la société américaine, adoptant pour le coup la forme d'un "revenge movie" féministe proprement jubilatoire. Soit l'histoire de Cassie (Carey Mulligan), jeune femme promise autrefois à un avenir brillant, avant qu'un traumatisme ne la détourne de l'école de médecine. Et menant depuis une double vie, végétant, transparente, entre le domicile parental et le café où elle bosse sans enthousiasme de jour; se métamorphosant la nuit pour arpenter les clubs de la ville, feignant l'ivresse afin de mieux aguicher des hommes qu'elle ne se fait faute d'humilier une fois qu'ils la ramènent afin, croient-ils, de mieux abuser d'elle. Et l'histoire de se répéter, Cassie consignant méthodiquement dans un calepin le nom de ceux ayant croisé sa route, jusqu'au jour où les circonstances la mettent sur la trace d'Al Monroe, le responsable des événements tragiques ayant conditionné la suite de son existence. Et d'échafauder un plan jusqu'au-boutiste... À femme aux deux visages, film aux contours multiples: Promising Young Woman se dérobe ainsi à toute tentative de catégorisation définitive, pour naviguer avec aplomb du drame à la comédie noire et du thriller à la satire grinçante, avec aussi les changements de ton que cela suppose. Et se révéler, sous sa façade pop acidulée, d'une rare férocité n'épargnant, au final, pas grand-monde: pas plus une société patriarcale dont le film torpille allègrement les mécanismes, que la plupart de ses protagonistes -le chapitre dévolu à Madison (Alison Brie) se révèle ainsi un modèle de cruauté feutrée. Jusqu'à son héroïne, dont la jubilation retorse éprouvée à la perspective de sa vengeance n'est pas dénuée d'une part de folie, ni d'une ambiguïté dont le cinéma américain n'est plus guère coutumier. À quoi Carey Mulligan apporte un luxe de nuances, sa composition dégageant un saisissant parfum de malaise. L'investissement total de comédienne n'est bien sûr pas étranger à la réussite de l'entreprise. Le mérite en revient également à Emerald Fennell qui, tout en inscrivant clairement son propos dans son époque et dans le prolongement du mouvement #MeToo, dont le film cristallise une partie des enjeux, renoue également avec une certaine tendance du cinéma américain indie des années 90. Celui d'un Gus Van Sant par exemple, dont Promising Young Woman évoque par endroit l'acide To Die For...