Trois ans après le succès d'Au revoir là-haut, maîtresse adaptation du roman de Pierre Lemaitre, voici donc Adieu les cons, une comédie (noire) particulièrement inspirée, inscrite dans les plis d'une société toujours plus déshumanisée. Au coeur du film, on trouve la rencontre de deux solitudes: Suze Trappet (Virginie Efira, géniale), une coiffeuse dans la quarantaine à qui son médecin (Bouli Lanners) annonce qu'elle n'en a plus pour très longtemps à vivre -trop de laque inhalée-, et qui décide en conséquence de se lancer à la recherche de l'enfant qu'elle avait dû abandonner 28 ans plus tôt, encore ado. Et puis JB (Albert Dupontel, impeccable), un fonctionnaire du ministère de l'Intérieur au zèle dépressif qui, ayant vu la promotion attendue lui passer sous le nez, entreprend de se suicider, pour mieux se louper cela va sans dire. Et d'être réunis par un improbable concours de circonstances, la police et quelques autres, non moins malveillants, aux trousses, alors qu'ils se lancent, solidaires, dans la quête de l'enfant, bientôt rejoints par un archiviste aveugle (Nicolas Marié, impayable).

Équilibre subtil

Le simple énoncé du synopsis donne la mesure absurde et loufoque du propos. Déployant celui-ci dans un univers kakfaïen d'inspiration toute "brazilienne" -Terry Gilliam fait un caméo savoureux, et les patronymes de divers protagonistes sont empruntés à son film culte-, Albert Dupontel y greffe la vision à peine déformante des dérives d'une société en proie à l'inconséquence écologique comme aux violences policières, au jeunisme triomphant comme à la déshumanisation galopante, et l'on en passe. Mais s'il porte un regard d'une rare lucidité sur notre environnement, signant sans avoir l'air d'y toucher un film objectivement politique, l'auteur n'y sacrifie ni la poésie, ni l'humour, volontiers grinçant, ni le romanesque. La réussite d'Adieu les cons réside bien sûr dans cet équilibre subtil, porté par une écriture millimétrée, et préservé avec une incontestable maestria au gré de situations rocambolesques alignées sur un rythme échevelé. Jusqu'à l'émotion qui s'y invite bientôt, venue imparablement vriller le spectateur à son siège. Si l'univers d'Albert Dupontel est éminemment personnel, sa résonance, elle, est universelle.

Comédie de et avec Albert Dupontel. Avec Virginie Efira, Nicolas Marié, Bouli Lanners. 1h27. Sortie: 21/10. ****

Trois ans après le succès d'Au revoir là-haut, maîtresse adaptation du roman de Pierre Lemaitre, voici donc Adieu les cons, une comédie (noire) particulièrement inspirée, inscrite dans les plis d'une société toujours plus déshumanisée. Au coeur du film, on trouve la rencontre de deux solitudes: Suze Trappet (Virginie Efira, géniale), une coiffeuse dans la quarantaine à qui son médecin (Bouli Lanners) annonce qu'elle n'en a plus pour très longtemps à vivre -trop de laque inhalée-, et qui décide en conséquence de se lancer à la recherche de l'enfant qu'elle avait dû abandonner 28 ans plus tôt, encore ado. Et puis JB (Albert Dupontel, impeccable), un fonctionnaire du ministère de l'Intérieur au zèle dépressif qui, ayant vu la promotion attendue lui passer sous le nez, entreprend de se suicider, pour mieux se louper cela va sans dire. Et d'être réunis par un improbable concours de circonstances, la police et quelques autres, non moins malveillants, aux trousses, alors qu'ils se lancent, solidaires, dans la quête de l'enfant, bientôt rejoints par un archiviste aveugle (Nicolas Marié, impayable). Le simple énoncé du synopsis donne la mesure absurde et loufoque du propos. Déployant celui-ci dans un univers kakfaïen d'inspiration toute "brazilienne" -Terry Gilliam fait un caméo savoureux, et les patronymes de divers protagonistes sont empruntés à son film culte-, Albert Dupontel y greffe la vision à peine déformante des dérives d'une société en proie à l'inconséquence écologique comme aux violences policières, au jeunisme triomphant comme à la déshumanisation galopante, et l'on en passe. Mais s'il porte un regard d'une rare lucidité sur notre environnement, signant sans avoir l'air d'y toucher un film objectivement politique, l'auteur n'y sacrifie ni la poésie, ni l'humour, volontiers grinçant, ni le romanesque. La réussite d'Adieu les cons réside bien sûr dans cet équilibre subtil, porté par une écriture millimétrée, et préservé avec une incontestable maestria au gré de situations rocambolesques alignées sur un rythme échevelé. Jusqu'à l'émotion qui s'y invite bientôt, venue imparablement vriller le spectateur à son siège. Si l'univers d'Albert Dupontel est éminemment personnel, sa résonance, elle, est universelle.