Tout est à l'arrêt. Plus personne ne crie "action", les plateaux sont déserts et dans les studios de post-production, on entendrait une mouche voler. Si virus et pandémies de fiction ne manquent pas d'inspirer de nombreux films et séries à frissons, le tristement réel Covid-19 met à quai la production mondiale, de Hollywood à Mumbai en passant par Cinecittà, Londres et Paris. Chez nous, une centaine de tournages seraient interrompus ou retardés, mettant toute une profession en émoi. Patrick Quinet, à la tête d'Artemis Productions, pose le constat: "On est tous dans la même galère, on subit les choses de plein fouet, mais c'est tellement colossal et tellement global que je ne peux pas imaginer qu'on ne trouve pas des solutions à court, moyen ou long terme, non seulement pour le cinéma mais aussi ...

Tout est à l'arrêt. Plus personne ne crie "action", les plateaux sont déserts et dans les studios de post-production, on entendrait une mouche voler. Si virus et pandémies de fiction ne manquent pas d'inspirer de nombreux films et séries à frissons, le tristement réel Covid-19 met à quai la production mondiale, de Hollywood à Mumbai en passant par Cinecittà, Londres et Paris. Chez nous, une centaine de tournages seraient interrompus ou retardés, mettant toute une profession en émoi. Patrick Quinet, à la tête d'Artemis Productions, pose le constat: "On est tous dans la même galère, on subit les choses de plein fouet, mais c'est tellement colossal et tellement global que je ne peux pas imaginer qu'on ne trouve pas des solutions à court, moyen ou long terme, non seulement pour le cinéma mais aussi pour l'ensemble des secteurs qui sont frappés." Les tournages ne sont pas les seuls à être concernés, les préparations le sont aussi, et les financements des projets prévus pour le dernier trimestre de l'année et le début de 2021 également, nous explique celui qui est aussi coprésident de l'Académie Delvaux, organisatrice des Magritte. "Aujourd'hui, nous n'avons aucune idée de comment on va pouvoir encore fonctionner. Impossible de reprogrammer un tournage, une réunion, une commission, puisqu'on n'a pas la moindre idée du temps que durera la crise", déclare-t-il. Patrick Quinet est bien conscient du fait qu'un tournage ne se recule pas "comme ça": les acteurs et les techniciens ont des agendas remplis, rien ne garantit qu'ils seront libres simultanément plus tard. Sans oublier que de nombreux financements ne sont assurés qu'avec la présence de telle ou telle vedette en tête de générique... Si cette présence est compromise, tout est remis en question. Même sous un stress intense, l'ensemble de la profession est lucide quant à la nécessité de s'organiser, de se coordonner, de développer un discours solidaire plutôt que de se disputer, par exemple, les techniciens quand le travail reprendra, et qu'il y aura pénurie à plus d'un poste... Jacques-Henri Bronckart, créateur avec son frère Olivier de la société de production Versus, évoque "la mise en place d'une règle de fair-play excluant d'aller débaucher sur d'autres projets" et "l'établissement d'une communication permanente entre nous". "Solidarité et transparence sont indispensables pour espérer une relance qui devra par ailleurs aussi passer par une intervention des pouvoirs publics", clame-t-il, en soulignant également pareille intervention ne peut être que "transversale" car le cinéma, qui relève en même temps de la culture et de l'industrie, "dépend tout à la fois de la Fédération Wallonie-Bruxelles avec le Centre du Cinéma, des Régions qui ont leurs propres outils de soutien à la production, et du fédéral avec le tax shelter, lequel est l'élément dans la chaîne qui aujourd'hui fait le plus peur..." Jean-Yves Roubin, président de l'UPFF (Union des Producteurs Francophones de Films), confirme les craintes de la profession vis-à-vis de ce système du tax shelter qui finance plus de 30% de la production audiovisuelle belge francophone en permettant à des sociétés d'investir, avec un avantage fiscal, une part de leurs bénéfices dans la production. "Mais les sociétés vont-elles faire du bénéfice cette année? On craint le pire, évidemment!", soupire Roubin, qui rappelle que "la pandémie n'est pas couverte par les assurances" et prône "une réflexion sur des méthodes de financement innovantes. Sinon c'est toute une économie qui ne pourra pas survivre..." La perspective du pire n'est donc pas à exclure pour une profession confrontée aussi aux pertes que lui causent la fermeture des cinémas et le report des sorties de films. De quoi bousculer quelque peu la sacro-sainte chronologie des médias et "sortir" certains titres en VOD avant le délai règlementaire de trois mois après l'exploitation en salles, voire à carrément sauter l'étape de la salle comme pour Jumbo, le film de Zoé Wittock, qui a été le premier à franchir le pas.