>> Cannes: avant-goût du grand raout cinéphile
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Jeudi 12 avril. Lunettes d'Harry Potter et profil de gendre idéal, Lukas Dhont affiche un visage souriant où se mêlent excitation et fatigue. Son téléphone a sonné aux alentours de 2 heures la nuit même. Avec, à la clé, une nouvelle de taille: son premier long métrage sera montré en mai au festival de Cannes dans la section Un Certain Regard. À 26 ans tout mouillé, le garçon passé par le KASK, l'école d'art gantoise, se retrouve ainsi d'un coup propulsé à la tête d'une délégation belge plutôt bien fournie cette année sur la Croisette -si Girl est le seul film du cru retenu en sélection officielle, on pointe encore en effet la présence de Nos Batailles de Guillaume Senez à la Semaine de la Critique, celle de Seule à mon mariage de la Bruxelloise Marta Bergman à l'ACID ou encore celle de l'animé et flamand Ce magnifique gâteau! du tandem Emma de Swaef-James Roels à la Quinzaine des Réalisateurs. Une surprise dans le cas de Dhont? Oui et non, toutes les sections cannoises semblant ces derniers jours s'être disputé le droit de projeter son film. "À l'arrivée, ce sera donc Un Certain Regard, se réjouit le jeune réalisateur. L'endroit parfait pour moi. C'est là que Yórgos Lánthimos s'est révélé à l'époque avec Dogtooth, un film qui a complètement bouleversé ma conception du cinéma." Juvénile mais pas forcément inexpérimenté, Lukas Dhont a déjà trois courts métrages et quelques clips -notamment celui du Strange Entity d'Oscar and the Wolf- à son actif, tous invariablement travaillés par la question du corps. "Ce n'est pas quelque chose de conscient, que je décide en amont. Mais oui, force est de constater qu'il y a là un élément récurrent de mon travail." Aujourd'hui parrainé par le producteur Dirk Impens (La Merditude des choses, Belgica), il promet avec Girl une oeuvre particulièrement "physique" au "style quasi documentaire, très réaliste. On n'est pas du tout dans du fantastique à la Black Swan . Le film raconte l'histoire de Lara, une jeune fille de quinze ans hyper talentueuse dont l'ambition est de devenir danseuse étoile. Seul hic: elle est née dans un corps de garçon. Dans un contexte sportif où le rapport au corps est particulièrement important, elle va devoir faire face à des défis qui relèvent à la fois de la sphère publique et du domaine intime. Je la vois comme un personnage héroïque, qui essaie d'être la version la plus juste d'elle-même." Dans le rôle de Lara, Victor Polster, un ado déniché au cours d'un casting de danse organisé sous la houlette de Sidi Larbi Cherkaoui, par ailleurs chorégraphe du film. "Nous cherchions quelqu'un qui pouvait jouer et danser, mais qui possédait aussi une certaine androgynie. Quand Victor est entré dans la pièce, nous avons tous immédiatement compris que ce serait lui. Son père est joué par Arieh Worthalter, un rôle déterminant puisque le film focalise également beaucoup sur une relation parent-enfant, mais où le père est plein d'amour et de courage, tout à fait en ligne avec l'identité et le rêve de sa progéniture. Je voulais montrer un exemple positif. Le conflit est à l'intérieur de Lara." Rendez-vous est fixé dans quelques jours à Cannes; en fin d'année sur les écrans belges.