Vingt ans et quelque après Sitcom, qui le révélait en 1998, François Ozon n'a pas fini de surprendre. Lui que l'on a pu, à bon droit, qualifier de cinéaste de l'inconscient, le voilà qui s'attelle, avec Grâce à Dieu (lire notre critique), à un sujet d'actualité. Et de substituer à son univers de faux-semblants une frontalité à laquelle il n'avait guère habitué, pour retracer l'affaire Preynat -du nom de ce prêtre du diocèse de Lyon mis en examen en 2016 pour des agressions sexuelles répétées sur mineurs, agissements non dénoncés par sa hiérarchie. Classique au point de dérouter, ce nouvel opus porte cependant la griffe, stylisée, de son auteur. Lequel n'en continue pas moins de déranger, comme l'ont démontré les tentatives -heureusement vaines- d'empêcher la sortie du film en France, quand bien même celui-ci tiendrait moins du procès à charge que d'une nécessaire libération de la parole des victimes, comme pour mieux briser l'omerta entretenue par les autorités catholiques. Ou la foi à l'assaut de la colline, celle de Fourvière et sa basilique en l'occurrence, qui domine le paysage lyonnais et ouvre Grâce à Dieu en une métaphore limpide de l'emprise de l'Église sur la ville.
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