Dans le cours tumultueux de la carrière de Francis Ford Coppola, les années 80 sont généralement assimilées à un reflux, consécutif à l'échec aussi injuste que retentissant de One from the Heart et son expérience de "cinéma électronique", qui allait laisser le cinéaste visionnaire au bord de la banqueroute, le contraignant à accepter des films de commande. Sans atteindre sans doute l'éclat des chefs-d'oeuvre des années 70 -les deux premiers volets du Parrain, l'exceptionnel The Conversation et, bien sûr, Apocalypse Now-, les films qu'il réalisa durant cette décennie compliquée méritent pourtant d'être réévalués, magnifiques pour certains -le susnommé One from the Heart ou le cultissime Rumble Fish-, et guère moins personnels en tout état de cause. Il est ainsi commode de voir dans le formidable Tucker une métaphore de son propre parcours au sein de l'industrie du cinéma, Coppola ayant toujours eu cette capacité à s'approprier les projets auxquels il s'attelait, quelle que soit leur nature au départ. Un postulat valant égale...

Dans le cours tumultueux de la carrière de Francis Ford Coppola, les années 80 sont généralement assimilées à un reflux, consécutif à l'échec aussi injuste que retentissant de One from the Heart et son expérience de "cinéma électronique", qui allait laisser le cinéaste visionnaire au bord de la banqueroute, le contraignant à accepter des films de commande. Sans atteindre sans doute l'éclat des chefs-d'oeuvre des années 70 -les deux premiers volets du Parrain, l'exceptionnel The Conversation et, bien sûr, Apocalypse Now-, les films qu'il réalisa durant cette décennie compliquée méritent pourtant d'être réévalués, magnifiques pour certains -le susnommé One from the Heart ou le cultissime Rumble Fish-, et guère moins personnels en tout état de cause. Il est ainsi commode de voir dans le formidable Tucker une métaphore de son propre parcours au sein de l'industrie du cinéma, Coppola ayant toujours eu cette capacité à s'approprier les projets auxquels il s'attelait, quelle que soit leur nature au départ. Un postulat valant également pour Peggy Sue Got Married et Gardens of Stone, deux films tournés à la même époque, et que Carlotta a l'excellente idée de sortir de l'oubli en les gratifiant d'une édition Blu-ray exemplaire. Réalisé au mitan des années 80 et destiné à l'origine à Penny Marshall, Peggy Sue s'est mariée voyait Coppola s'aventurer avec un incontestable bonheur sur le terrain de la comédie sentimentale vintage à la faveur d'un voyage dans le temps. Soit l'histoire de Peggy Sue (l'excellente Kathleen Turner), une femme dans la quarantaine tout juste divorcée de Charlie (Nicolas Cage), son amour de jeunesse qui, s'étant rendue à la fête des anciens de son lycée, perdait connaissance à peine élue reine du bal. Et d'émerger 25 ans plus tôt, en 1960, parmi ses camarades de terminale au rang desquels un Charlie la poursuivant de ses assiduités, armée toutefois de la connaissance d'un futur qu'elle pourrait choisir d'infléchir, ou pas. "Comme tous les films que réalise Coppola au cours des années 80, Peggy Sue est hanté par la question de l'innocence perdue, du poids du passé, des regrets, de la nostalgie aussi pour une évoque révolue", relève fort à propos l'historien du cinéma Jean-Baptiste Thoret dans l'analyse fouillée proposée en bonus. Manière d'inscrire dans le fil de l'oeuvre un film qui, au-delà de la fantaisie et d'une tournure éminemment savoureuse, travaille le motif du temps, la nostalgie qui le traverse confinant à cette délicate mélancolie qui habite le cinéma de Coppola. Du temps, Peggy Sue semble du reste avoir su résister sans douleur aux outrages, ayant notamment inspiré le Camille redouble de Noémie Lvovsky et se (re)voyant avec un plaisir toujours renouvelé. On irait même jusqu'à y trouver quelque résonance ironique insoupçonnée avec le présent, lorsque, marri de n'avoir pas été élu roi de la fête, Jim Carrey/Walter Getz y va d'un "I demand a recount!". L'humeur présidant à Jardins de pierre (1987), film généralement méconnu du réalisateur, est très différente. Il est en effet tentant de voir dans ce drame, adapté du roman éponyme de Nicolas Proffitt, le pendant intimiste à la fureur de Apocalypse Now, sorti huit ans plus tôt. La guerre du Viêtnam lui sert également de toile de fond et, si elle est maintenue essentiellement hors champ, elle n'en est pas moins prégnante, hantant le film et ses protagonistes tandis que l'action se concentre sur le cimetière militaire d'Arlington, où sont inhumés les soldats tombés au combat avec les honneurs de la nation, un rituel confié au troisième régiment d'infanterie. C'est cette unité de parade que rejoint Jackie Willow (D.B. Sweeney), un bleu pressé d'en découdre sur le terrain, quand bien même le sergent Clell Hazard (James Caan), un vétéran ayant servi avec son père en Corée, s'emploie à lui ouvrir les yeux sur la réalité du bourbier vietnamien. En pure perte cependant, ce dont le film ne fait aucun mystère, s'ouvrant sur les images des funérailles du jeune soldat. Sorti la même année que Platoon, d'Oliver Stone, et Full Metal Jacket, de Stanley Kubrick, Gardens of Stone embrasse la guerre du Viêtnam et ses conséquences avec retenue. Chroniquant la vie de cette garnison singulière et ses à-côtés (avec notamment un rôle superbe pour Anjelica Huston), Coppola, non content de questionner les motivations et les doutes des uns et des autres, signe un beau film sur la transmission, doublé d'une poignante méditation sur le deuil (il venait lui-même de perdre son fils Gian-Carlo dans un accident). D'une rare pudeur et d'un classicisme "fordiens", ce drame charrie une émotion profonde que le temps n'a pas entamée. C'est dire si une (re)découverte s'impose...