Novembre 1943. Le patron de Warner Bros reçoit un courrier qui manque de le faire tomber à la renverse. Olivia de Havilland, une des plus grandes stars à être sous contrat avec le puissant studio, l'attaque en justice. Son amie Bette Davis s'y était déjà risquée un peu auparavant, en quittant Hollywood et en portant sa cause devant les tribunaux anglais. Elle avait perdu... Mais l'agent d'Olivia est aussi avocat. Il épouse la cause de sa cliente avec une confiance absolue. Cette fois sera la bonne! La raison du conflit? L'actrice sous contrat avec le studio depuis ses 19 ans s'est rapidement rebellée contre la tyrannie du big boss, Jack Warner. Elle a sollicité (avec succès parfois) des prêts à d'autres maisons de production. Elle a aussi refusé de nombreux rôles, ce qui lui a valu d'être plusieurs fois mise à pied. Son contrat de sept ans venant à échéance, elle s'est crue bientôt libre. Mais Warner Bros a décidé d'ajouter ses périodes d'inactivité forcée à la durée prévue... 25 semaines de rallonge. Insupportable pour Olivia, à qui le premier jugement donnera raison. Le juge assimilant, dans ses attendus, les pratiques du studio à du servage! La Warner ne se le tient pas pour dit. Elle fait appel, tout en poursuivant une campagne de dénigrement contre l'actrice, doublée d'une incitation à la profession pour qu'elle la boycotte. Raté! Le jugement sera par deux fois confirmé, par la Cour d'Appel en 1944 et la Cour Suprême de Californie en 1945. Son combat aura coûté cher à la star (l'équivalent de 200 000 euros, plus le manque généré par une période sans tourner), mais il a changé du tout au tout la donne à Hollywood, créant une jurisprudence dont actrices et acteurs allaient pouvoir se réclamer par la suite...
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Novembre 1943. Le patron de Warner Bros reçoit un courrier qui manque de le faire tomber à la renverse. Olivia de Havilland, une des plus grandes stars à être sous contrat avec le puissant studio, l'attaque en justice. Son amie Bette Davis s'y était déjà risquée un peu auparavant, en quittant Hollywood et en portant sa cause devant les tribunaux anglais. Elle avait perdu... Mais l'agent d'Olivia est aussi avocat. Il épouse la cause de sa cliente avec une confiance absolue. Cette fois sera la bonne! La raison du conflit? L'actrice sous contrat avec le studio depuis ses 19 ans s'est rapidement rebellée contre la tyrannie du big boss, Jack Warner. Elle a sollicité (avec succès parfois) des prêts à d'autres maisons de production. Elle a aussi refusé de nombreux rôles, ce qui lui a valu d'être plusieurs fois mise à pied. Son contrat de sept ans venant à échéance, elle s'est crue bientôt libre. Mais Warner Bros a décidé d'ajouter ses périodes d'inactivité forcée à la durée prévue... 25 semaines de rallonge. Insupportable pour Olivia, à qui le premier jugement donnera raison. Le juge assimilant, dans ses attendus, les pratiques du studio à du servage! La Warner ne se le tient pas pour dit. Elle fait appel, tout en poursuivant une campagne de dénigrement contre l'actrice, doublée d'une incitation à la profession pour qu'elle la boycotte. Raté! Le jugement sera par deux fois confirmé, par la Cour d'Appel en 1944 et la Cour Suprême de Californie en 1945. Son combat aura coûté cher à la star (l'équivalent de 200 000 euros, plus le manque généré par une période sans tourner), mais il a changé du tout au tout la donne à Hollywood, créant une jurisprudence dont actrices et acteurs allaient pouvoir se réclamer par la suite... À 102 ans, Olivia de Havilland est avec Kirk Douglas (d'un an son cadet) l'ultime survivante de cet âge d'or hollywoodien fait de glamour en surface et de calculs sous-jacents, d'accomplissements artistiques et de manoeuvres parfois bassement commerciales. Et tout comme Kirk, elle y fit figure de rebelle. Lui se révolta contre la liste noire visant les suspects de communisme pendant la chasse aux sorcières maccarthyste dans les années 50. Il se mêla aussi de production et défia le pouvoir des studios. Un pouvoir qu'Olivia et sa résistance farouche avaient déjà bien bousculé dès les années 40. Son intelligence, son caractère fort (voire épouvantable aux dires de certains), son immense talent d'interprète et ses nombreux succès lui ont permis d'exercer son droit au refus comme personne avant elle. Miss de Havilland savait où elle allait, et lui faire obstacle n'était pas la meilleure idée en ces années où s'enchaînaient les triomphes ( The Adventures of Robin Hood en 1938, Gone With the Wind en 1939, Hold Back the Dawn en 1941). Sa liberté conquise, elle allait faire des choix gagnants, avec To Each His Own et un premier Oscar en 1947, puis The Heiress et un second trois ans plus tard. À une époque où les magnats du cinéma pouvaient se laisser aller à parler des acteurs comme d'un cheptel certes richement rétribué mais corvéable à merci et absolument dépendant d'un système, Olivia la rebelle devait marquer sa différence. Par fierté, refus de la sujétion, sans aucun doute, mais aussi parce qu'elle avait une conscience précise des rôles qu'il lui fallait. Son épanouissement ne passerait que par des personnages complexes, tout en nuances et en profondeur, loin des archétypes en vogue (Bad Girl, Good Girl). Pour avoir ces rôles, pour travailler avec les réalisateurs capables de la porter vers cette excellence qui l'obsédait (John Huston, Anatole Litvak, William Wyler, entre autres), elle devait avoir le privilège du choix. Jamais elle n'en fit un combat ouvertement féministe, et encore moins politique. C'était SON combat à elle, point. Mais il allait bénéficier à tant de ses collègues contemporaines et à venir. The Snake Pit (1948), réalisé par Anatole Litvak, lui offrit un de ces rôles dont elle avait rêvé, où elle pourrait donner sa pleine mesure. Olivia se débarrasse de tout oripeau glamour pour offrir une des toutes premières incarnations réalistes de la maladie mentale. On allait lui offrir quelques années plus tard le rôle de Blanche Dubois dans l'adaptation de A Streetcar Named Desire par Elia Kazan et avec Marlon Brando. Mais elle venait de donner naissance à son fils, vraie raison d'un refus que d'aucuns attribuèrent à tort à une réprobation morale vis-à-vis du sujet. Que n'a-t-on pas dit et écrit de négatif sur elle! Mauvaise soeur, emmerdeuse de première, et tant d'autres jugements plus ou moins argumentés (plutôt moins que plus) et exprimant surtout l'irritation d'observateurs rarement prêts à accepter qu'une femme se revendique absolument libre, y compris en se montrant peu tolérante à l'égard des questions idiotes qu'elle ne se privait pas d'épingler lorsqu'on l'interviewait. Naturalisée américaine en 1941, l'actrice britannique n'aura jamais tout à fait adhéré au mode de vie local. Et au milieu des années 50, elle partit s'installer à Paris, où elle habite encore aujourd'hui, rue Benouville, dans le chic 16e arrondissement. Elle a consacré un livre autobiographique plein d'esprit, Every Frenchman Has One, à ses rapports avec la France et les Français. Lesquels lui auront décerné la Légion d'Honneur en 2010 (elle avait 94 ans), mais surtout fait d'elle la première femme à présider le jury du festival de Cannes, dès 1965. The Knack... And How to Get It du Britannique Richard Lester avait triomphé, les prix d'interprétation tant féminin (Samantha Eggar) que masculin (Terence Stamp) allant aux interprètes de The Collector, le film de William Wyler, qui l'avait dirigée dans The Heiress, un de ses plus grands rôles. Une rue de Mexico, Dulce Olivia ("douce Olivia"), fut baptisée en son honneur, à la demande du grand réalisateur Emilio Fernández. Mais sa postérité ne fut pas toujours aussi poétique. Notamment l'an dernier quand apparut au petit écran la série Feud (littéralement "querelle"), qui met en scène des rivalités célèbres. De Havilland y est jouée par Catherine Zeta-Jones, dans une première saison consacrée aux rapports entre Bette Davis (interprétée par Susan Sarandon) et Joan Crawford (campée par Jessica Lange). Olivia n'a pas apprécié. Et à 101 ans, elle a déclenché un procès pour faire valoir ses droits à contrôler l'image (de "peste") donnée d'elle. Cette fois, la justice lui a donné tort, une cour californienne estimant que la célébrité, le fait d'être un personnage public, ne donne pas plus droit à "être propriétaire de son histoire" que ne le serait un quidam. De quoi nourrir une nouvelle jurisprudence majeure... cette fois à ses dépens! Nul doute que sa décision de poursuivre aura été aussi déclenchée par le portrait pas toujours flatteur donné dans Feud à celle qui fut son amie et complice en rébellion à Hollywood: Bette Davis. Les deux femmes étaient proches, à la ville et aussi à l'écran comme l'a immortalisé le passionnant et terrible Hush... Hush, Sweet Charlotte réalisé par Robert Aldrich en 1964. Elles sont cousines pour le meilleur mais surtout pour le pire dans ce film où le personnage joué par Olivia fut initialement destiné à Joan Crawford. Celle-ci tombant malade peu de temps après le début du tournage, Olivia la remplaça, et fut formidable. Les mauvaises langues (encore) affirment que Bette Davis s'était montrée détestable avec Joan Crawford pour qu'elle abandonne le film, et ce jusqu'à ce qu'elle craque...