À l'instar de Victoria, son précédent film, Sibyl, le troisième long métrage de Justine Triet, trace le portrait d'une femme au bord de la rupture. Ainsi donc de Sibyl (Virginie Efira), psychanalyste décidant un jour de revenir à ses premières amours, l'écriture, en dépit des avertissements de son éditeur. Mais décidant néanmoins de garder quelques patients -un sevrage sur la voie de l'abstinence, estime-t-elle-, auxquels vient bientôt s'ajouter Margot (Adèle Exarchopoulos), que sa liaison avec l'acteur principal du film qu'elle tourne (Gaspard Ulliel), par ailleurs en couple avec la réalisatrice (Sandra Hüller), a plongée en plein désarroi. Contexte miné qui va voir Sibyl gagnée à son tour par la plus grande confusion, sur les plans tant personnel que professionnel, suivant le principe de la contagion...

Lire aussi: Victoria, Justine, Sybil et Virginie

Si la parenté avec Victoria est manifeste, Justine Triet en élargit la palette, Sibyl tentant un équilibre délicat entre drame intime, comédie et satire, jusqu'à parfois tanguer dangereusement d'ailleurs. Ainsi, en particulier, tout au long du film dans le film, le tournage mouvementé de Never Talk to Strangers sur l'île de Stromboli (évoquant le couple Bergman-Rossellini) faisant office de miroir grossissant, au risque parfois de l'auto-parodie. Ce bémol posé, le film est une incontestable réussite, tourbillon narratif dont Justine Triet enchâsse les niveaux avec allant et maestria, non sans offrir à son personnage central, campé avec un mélange d'aplomb, de vulnérabilité et de densité par Virginie Efira, plus que jamais à son affaire dans son univers subtilement décalé, une ligne de fuite aussi stimulante que libératrice...

De Justine Triet. Avec Virginie Efira, Adèle Exarchopoulos, Gaspard Ulliel. 1 h 40. Sortie: 29/05