Les films français de sous-marin, on les compte sur les doigts de la main, et encore: Les Maudits de René Clément, tourné dans l'immédiat après-guerre, et Casabianca de Georges Péclet, réalisé quelques années plus tard, en restent les deux exemples les plus fameux. C'est dire si Le Chant du loup fait figure d'exception dans la production hexagonale. Un pari d'autant plus osé que confié à un cinéaste débutant, Antonin Baudry. Ce dernier n'est pas un inconnu pour autant, puisque, issu des rangs de la diplomatie, il a écrit, sous le nom d'Abel Lanzac, la BD Quai d'Orsay dessinée par Christophe Blain, avant d'en cosigner l'adaptation au cinéma par Bertrand Tavernier.

Cocktail explosif

L'intrigue de son premier film en tant qu'auteur-réalisateur, Baudry l'inscrit dans un contexte géopolitique aussi mouvant que sensible. Tout commence au large des côtes syriennes, à bord d'un sous-marin nucléaire français engagé par le commandant Grandchamp (Reda Kateb) dans une opération délicate. Moment où il apparaît qu'un autre submersible, vraisemblablement ennemi, navigue dans les mêmes eaux, opaques. À charge pour Chanteraide (François Civil), "l'oreille d'or" et, partant, le seul à bord susceptible de reconnaître chaque son, de l'identifier. Une question de vie ou de mort, pas moins... Ses enjeux ainsi posés, Le Chant du loup maintient ensuite le cap tendu et prometteur qu'il avait esquissé, entraînant, d'une opération à l'autre, ses protagonistes dans un engrenage incontrôlable en surfant habilement sur les incertitudes d'une époque où désinformation à grande échelle et armes de dissuasion nucléaire composent un cocktail potentiellement explosif.

Soutenu par un évident souci de réalisme (au point, par exemple, de respecter le langage des sous-mariniers), le film tient à la fois de la partie d'échecs et du thriller d'action efficace. Baudry a, de toute évidence, fait ses gammes, mais s'il respecte les codes d'un genre bien balisé, n'échappant pas toujours aux stéréotypes -dans la distribution des rôles en particulier, avec un supérieur bourru (Mathieu Kassovitz), une jeune recrue tête brûlée (Civil) ou un personnage féminin jouant surtout les utilités (Paula Beer)- ni au couplet héroïque de circonstance, il sait aussi s'en écarter. Et de privilégier une dimension humaine, articulée notamment autour de valeurs d'entraide et de solidarité. Non sans interroger le rapport de l'homme à la technologie, cristallisé dans "l'oreille d'or", voulant que cet environnement hyper sophistiqué reste soumis à... l'intuition. Autant dire que ce film, s'il soutient la comparaison avec des classiques comme le mémorable À la poursuite d'Octobre rouge, n'en trouve pas moins sa voix propre. Appréciable.

D'Antonin Baudry. Avec François Civil, Reda Kateb, Omar Sy. 1h55. Sortie: 20/02. ***(*)

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