Effet collatéral d'un retour de la guerre froide que l'on nous serine sur tous les tons avec insistance? Le film de sous-marin, qui connût un âge d'or à l'époque de la glaciation des relations Est-Ouest, a de nouveau le vent en poupe. Au Kursk de Thomas Vinterberg suivi du Hunter Killer de Donovan Marsh, sortis il y a quelques mois, succède aujourd'hui Le Chant du loup d'Antonin Baudry, des oeuvres à la réussite et aux ambitions diverses, mais témoignant toutes d'un regain d'intérêt manifeste pour le monde du silence.
...

Effet collatéral d'un retour de la guerre froide que l'on nous serine sur tous les tons avec insistance? Le film de sous-marin, qui connût un âge d'or à l'époque de la glaciation des relations Est-Ouest, a de nouveau le vent en poupe. Au Kursk de Thomas Vinterberg suivi du Hunter Killer de Donovan Marsh, sortis il y a quelques mois, succède aujourd'hui Le Chant du loup d'Antonin Baudry, des oeuvres à la réussite et aux ambitions diverses, mais témoignant toutes d'un regain d'intérêt manifeste pour le monde du silence. Au vrai, ce dernier a fasciné les cinéastes de longue date. Dès 1907, un Georges Méliès adaptait Vingt mille lieues sous les mers, de Jules Verne, en quelque courte fantaisie animée par les danseuses du ballet du Châtelet, le capitaine Nemo y affrontant, bras et tête nus, hippocampes, pieuvres et autres... Un peu moins de 50 ans plus tard, Walt Disney confiait à Richard Fleischer l'adaptation du roman, pour un maître film d'aventures, classique éternel dominé par James Mason, inoubliable Nemo, naviguant entre génie et folie aux commandes du Nautilus. Spécialiste en espaces confinés (voir le formidable The Narrow Margin), le réalisateur n'en avait pas fini des bathyscaphes, lui qui signait douze ans plus tard, en 1966, Fantastic Voyage, assurément l'une des utilisations les plus audacieuses d'un sous-marin, miniaturisé avec son équipage et injecté dans un corps humain pour tenter une opération de l'intérieur. Un chef-d'oeuvre de la science-fiction dont Joe Dante allait s'inspirer pour son Innerspace, la rumeur ayant par ailleurs longtemps attribué un projet de remake à Guillermo del Toro. Propice à sonder l'imaginaire, le film de sous-marin a ainsi connu des déclinaisons multiples. La disparition d'un sous-marin nucléaire dans les grands fonds ouvre sur un ailleurs inconnu dans Abyss, réalisé en 1989 par James Cameron; The Forbidden Room (2015) de Guy Maddin plonge, à la suite du Plunger, un vaisseau en perdition, dans des mondes oniriques en une immersion dans un univers surréaliste; Yellow Submarine, de George Dunning (1968), accorde son animation aux chansons des Beatles en quelque délire psychédélique... Au sous-marin jaune, Blake Edwards avait pour sa part préféré un submersible rose, celui de Opération Jupons (1959), comédie ayant pour arrière-plan la guerre du Pacifique, et opposant, sourire en coin, un Cary Grant rigide à un Tony Curtis désinvolte quant à l'attitude à adopter après que leur bâtiment a dû recueillir cinq officières infirmières à son bord... La guerre ou son imminence constituent en effet le contexte naturel du film de sous-marin, rares étant ceux à y injecter, comme le futur réalisateur de The Party, un soupçon de fantaisie. L'un des seuls cinéastes français à s'être risqué dans les profondeurs, René Clément, rassemble par exemple dans Les Maudits (1947) tout ce que la France a pu connaître comme ennemis pendant la Seconde Guerre mondiale. Nazis et sympathisants de tout poil y embarquent à bord d'un sous-marin voguant vers l'Amérique latine, cet échantillon d'humanité peu recommandable s'entredéchirant bientôt à l'annonce de la défaite. Quant à George Péclet, il exalte, dans Casabianca (1951), l'odyssée d'un sous-marin français ayant continué la guerre aux côtés des alliés, ravitaillant le maquis corse depuis Alger. C'est toutefois le cinéma américain qui va massivement investir le genre, multipliant, à compter des années 40 et 50, les faits d'armes sous-marins. Cary Grant et John Garfield dans Destination Tokyo, de Delmer Daves; Robert Mitchum et Curd Jürgens dans The Enemy Below, de Dick Powell; Clark Gable et Burt Lancaster dans Run Silent, Run Deep, de Robert Wise; Glenn Ford et Ernest Borgnine dans Torpedo Run, de Joseph Pevney; John Wayne dans Operation Pacific, de George Waggner, et même... Ronald et Nancy Reagan dans Hellcats of the Navy, de Nathan Juran: on ne compte plus les stars de l'époque tâtant du combat naval, toutes les mers du globe semblant à jet de torpille de Hollywood. Contexte militaire que viendra bientôt épicer le péril nucléaire, corollaire de la guerre froide: voir ainsi Hell and High Water, de Samuel Fuller, avec Richard Widmark, ou On the Beach, de Stanley Kramer, avec Gregory Peck et Ava Gardner en survivants de l'apocalypse. Et d'autres encore -jusqu'à James Bond qui se verra confronté à la disparition de sous-marins atomiques dans The Spy Who Loved Me, de Lewis Gilbert, en 1977. Ne remontant plus à la surface que sporadiquement à compter des années 70, le film de sous-marin n'en gît pas pour autant dans le fond, qui alignera encore diverses réussites, les U-571, de Jonathan Mostow, Crimson Tide, de Tony Scott, ou autre K-19, de Kathryn Bigelow. Sans oublier deux classiques insubmersibles: The Hunt for Red October (1990), de John McTiernan, partie d'échecs nautique autour d'un prototype dernier cri opposant Soviétiques et Américains sous l'autorité de Sean Connery, et Das Boot (1981), de Wolfgang Petersen, odyssée claustrophobique d'un u-boot allemand appareillant de La Rochelle en 1941 -incontestable sommet (si l'on peut dire) du genre...