Quand, en 2009, Lukas Dhont prend connaissance par voie de presse de l'histoire de Nora Monsecour, une jeune fille originaire de Heusden, en Flandre orientale, née dans la peau d'un garçon et qui rêve de devenir danseuse étoile, il n'a encore que 18 ans. Fasciné par la dimension héroïque du parcours de cette adolescente déterminée à transcender le cadre défini par le corps qui lui a été assigné, il la contacte en vue de réaliser un documentaire sur elle. Ne souhaitant pas être filmée alors qu'elle est en pleine transition, Nora lui oppose un refus tranché. Qu'à cela ne tienne, le Gantois en tirera une fiction. Neuf ans plus tard, Girl doit beaucoup aux confidences de Monsecour, ballerine aujourd'hui âgée de 22 ans qui s'est notamment illustrée l'an dernier outre-Manche en atteignant l'une des finales de la fameuse émission Young Dancer de la BBC. Mais le film doit aussi énormément à l'éclatante force de caractère de Victor Polster, danseur qui incarne tout en grâce androgyne à l'écran le personnage de Lara, soit une ado de quinze ans obnubilée par son apparence, décomptant littéralement les jours devant la mener au traitement hormonal à même de féminiser son physique de jeune homme tout en bossant obsessionnellement la maîtrise des pointes qui pourraient faire d'elle une grande sportive... Premier long métrage d'un Dhont aussi prodigue que prodige, Girl fait le récit de la quête émancipatrice d'un corps impatient, enveloppe charnelle malmenée par Lara qu'elle conscientise comme une prison quand elle ne lui sert pas de tremplin pour des envols tutoyant des vertiges d'éternité. Dans un mélange des langues très belge, Dhont fait le choix de l'empathie: ce n'est pas d'exclusion sociale dont il est question ici, mais bien d'un conflit intérieur. Pour autant, le réalisateur ne filme pas le monde comme une utopie, qui structure son récit autour de trois grands moments de malaise, combles d'un trouble où la violence le dispute à la poésie pure. Parrainé par Dirk Impens, le producteur de Felix Van Groeningen (La Merditude des choses, The Broken Circle Breakdown), le film, virevoltante traversée du miroir baignée de lumière harmonieuse, ne finit pas d'impressionner par sa justesse, sa maturité et son jusqu'au-boutisme. Une expérience de cinéma qui ébranle.

De Lukas Dhont. Avec Victor Polster, Arieh Worthalter, Valentijn Dhaenens. 1h45. Sortie: 17/10. ****

Quand, en 2009, Lukas Dhont prend connaissance par voie de presse de l'histoire de Nora Monsecour, une jeune fille originaire de Heusden, en Flandre orientale, née dans la peau d'un garçon et qui rêve de devenir danseuse étoile, il n'a encore que 18 ans. Fasciné par la dimension héroïque du parcours de cette adolescente déterminée à transcender le cadre défini par le corps qui lui a été assigné, il la contacte en vue de réaliser un documentaire sur elle. Ne souhaitant pas être filmée alors qu'elle est en pleine transition, Nora lui oppose un refus tranché. Qu'à cela ne tienne, le Gantois en tirera une fiction. Neuf ans plus tard, Girl doit beaucoup aux confidences de Monsecour, ballerine aujourd'hui âgée de 22 ans qui s'est notamment illustrée l'an dernier outre-Manche en atteignant l'une des finales de la fameuse émission Young Dancer de la BBC. Mais le film doit aussi énormément à l'éclatante force de caractère de Victor Polster, danseur qui incarne tout en grâce androgyne à l'écran le personnage de Lara, soit une ado de quinze ans obnubilée par son apparence, décomptant littéralement les jours devant la mener au traitement hormonal à même de féminiser son physique de jeune homme tout en bossant obsessionnellement la maîtrise des pointes qui pourraient faire d'elle une grande sportive... Premier long métrage d'un Dhont aussi prodigue que prodige, Girl fait le récit de la quête émancipatrice d'un corps impatient, enveloppe charnelle malmenée par Lara qu'elle conscientise comme une prison quand elle ne lui sert pas de tremplin pour des envols tutoyant des vertiges d'éternité. Dans un mélange des langues très belge, Dhont fait le choix de l'empathie: ce n'est pas d'exclusion sociale dont il est question ici, mais bien d'un conflit intérieur. Pour autant, le réalisateur ne filme pas le monde comme une utopie, qui structure son récit autour de trois grands moments de malaise, combles d'un trouble où la violence le dispute à la poésie pure. Parrainé par Dirk Impens, le producteur de Felix Van Groeningen (La Merditude des choses, The Broken Circle Breakdown), le film, virevoltante traversée du miroir baignée de lumière harmonieuse, ne finit pas d'impressionner par sa justesse, sa maturité et son jusqu'au-boutisme. Une expérience de cinéma qui ébranle.