Dans Tout en haut du monde, son premier long métrage d'animation, Rémi Chayé (lire également son interview) mettait en scène une gamine de l'aristocratie russe tournant le dos à ses privilèges pour partir découvrir le monde. Avec Calamity, une enfance de Martha Jane Cannary, c'est à une autre figure de jeune fille déterminée brûlant d'un désir d'aventure qu'il s'attaque aujourd'hui. Certes, les milieux sociaux qui ont vu naître ces deux protagonistes de la seconde moitié du XIXe siècle diffèrent largement, tout comme les paysages au sein desquels elles évoluent, mais les deux films partagent un même am...

Dans Tout en haut du monde, son premier long métrage d'animation, Rémi Chayé (lire également son interview) mettait en scène une gamine de l'aristocratie russe tournant le dos à ses privilèges pour partir découvrir le monde. Avec Calamity, une enfance de Martha Jane Cannary, c'est à une autre figure de jeune fille déterminée brûlant d'un désir d'aventure qu'il s'attaque aujourd'hui. Certes, les milieux sociaux qui ont vu naître ces deux protagonistes de la seconde moitié du XIXe siècle diffèrent largement, tout comme les paysages au sein desquels elles évoluent, mais les deux films partagent un même amour des grands espaces où s'épanouit une quête identitaire aux accents émancipateurs. Situant son action en 1863, sur la piste de l'Oregon, le deuxième film de Chayé se plaît à imaginer l'enfance de celle qui deviendra bientôt Calamity Jane, personnage mythique du Far West érigé en symbole de la femme libérée. Martha Jane Cannary n'a encore que onze ans quand, orpheline de mère, elle se retrouve avec son père, sa soeur et leur petit frère au coeur d'un convoi de pionniers rêvant de plaines verdoyantes. Volontaire et débrouillarde, fière et impulsive, elle en vient à conduire le chariot familial, soigner les chevaux et tâter du lasso. L'apprentissage est rude mais grisant. Par commodité, Martha enfile alors un pantalon puis se coupe les cheveux. Soit le début d'une grande aventure humaine qui la verra défier les conventions de son temps. Parfois très insistant sur les stéréotypes de genre propres à son époque et sur les interdits qui y sont liés, Calamity se fait moins littéral quand sa jeune héroïne gagne en assurance. Traversé de beaux moments de vie au grand air aux petites touches d'humour bienvenu, l'objet, qui travaille avec beaucoup d'intelligence la thématique du déguisement et n'embrasse jamais les clichés du western, décolle de plus en plus à mesure que celle-ci s'émancipe. Mais la grande force du film réside d'évidence moins dans son écriture que dans l'esthétique qu'il développe. Travaillant entièrement sur des ordinateurs, Rémi Chayé et son équipe n'en restent pas moins fidèles, en effet, à l'héritage traditionnel, quasiment artisanal, de l'animation: tout, ici, est dessiné, et les personnages comme les paysages vibrent d'une belle intensité. Mieux: emmené par un peintre au vocabulaire proche des nabis et des impressionnistes, le département déco du film nous offre une véritable explosion de couleurs, où la lumière a valeur de motif émotionnel en soi. En résulte le sentiment tenace de se retrouver face à une succession de toiles en mouvement, qui traduisent à merveille l'écrasant gigantisme de paysages où l'on pourrait se perdre, jusqu'à s'y fondre complètement. Calamity est moins un film qu'un grand bain pictural dont on ressort littéralement trempé de rouge, de bleu, de jaune et de vert, l'oeil qui pétille de plaisir.