Rendez-vous avait été fixé au café Dillens, dans son quartier saint-gillois. "Mon père est canadien mais ma mère est belge. Je suis arrivée ici quand j'avais cinq ans. Donc j'ai fait toute ma scolarité à Bruxelles." Passée brièvement par l'IAD en jeu -"ça ne s'est pas très bien déroulé..."- puis surtout pas l'INSAS en réalisation, Delphine Girard fait remonter sa passion du cinéma à ses plus jeunes années. "Ça a été un peu le fil rouge de toute mon enfance, oui. J'ai ressenti de tels chocs devant des films que ça en est devenu une véritable obsession. Je pouvais en regarder certains des dizaines de fois." Comme La Petite Princesse d'Alfonso Cuarón, par exemple, oeuvre de chevet qu'elle connaît encore sur le bout des doigts. Plus tard, à l'adolescence, ce seront plutôt le malaise et l'inconfort teintés de colère franche émanant des films danois du Dogme 95, comme Festen et même Dogville, ou du premier long de Maïwenn, Pardonnez-moi, qui feront figure de marqueurs émotionnels déterminants.
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Rendez-vous avait été fixé au café Dillens, dans son quartier saint-gillois. "Mon père est canadien mais ma mère est belge. Je suis arrivée ici quand j'avais cinq ans. Donc j'ai fait toute ma scolarité à Bruxelles." Passée brièvement par l'IAD en jeu -"ça ne s'est pas très bien déroulé..."- puis surtout pas l'INSAS en réalisation, Delphine Girard fait remonter sa passion du cinéma à ses plus jeunes années. "Ça a été un peu le fil rouge de toute mon enfance, oui. J'ai ressenti de tels chocs devant des films que ça en est devenu une véritable obsession. Je pouvais en regarder certains des dizaines de fois." Comme La Petite Princesse d'Alfonso Cuarón, par exemple, oeuvre de chevet qu'elle connaît encore sur le bout des doigts. Plus tard, à l'adolescence, ce seront plutôt le malaise et l'inconfort teintés de colère franche émanant des films danois du Dogme 95, comme Festen et même Dogville, ou du premier long de Maïwenn, Pardonnez-moi, qui feront figure de marqueurs émotionnels déterminants. À 30 ans à peine, Delphine Girard a aujourd'hui déjà trois courts métrages à son actif. "La chance que j'ai eue, c'est que mon stage de fin d'année pour l'INSAS se déroulait chez Versus, la boîte de production avec laquelle je travaille toujours actuellement. J'y ai rencontré Jacques-Henri Bronckart. Il a demandé à voir mon film de fin d'études et puis les choses se sont enchaînées de manière très fluide." À Monstre (2014) et Caverne (2016) succède ainsi l'an dernier Une soeur, court nerveux et sombre qui relate en 17 minutes chrono l'appel à l'aide téléphonique d'une femme à une autre: embarquée dans la voiture d'un inconnu aux desseins plus qu'équivoques et empêchée de s'exprimer librement, la première (Selma Alaoui) s'adresse de manière cryptique à la seconde (Veerle Baetens) en la faisant passer pour sa soeur alors qu'elle est opératrice d'appel d'urgence et tente de la localiser. L'idée de ce troisième court lui est venue un peu par hasard. "Je cherchais, pour un autre projet sur lequel je travaillais, à trouver comment on s'exprime dans les moments d'urgence. Et je suis tombée, via Internet, sur un enregistrement d'un appel 911 américain, où le point de départ est le même que celui du film." Au-delà du simple effroi ressenti, quelque chose accroche chez elle et ne la quitte pas. "J'ai mis du temps à comprendre pourquoi je revenais tout le temps à cette histoire-là. Et puis j'ai saisi que je projetais quelque chose de fort sur cette relation entre deux femmes amenées à s'entraider et à ressentir un peu ce que l'autre ressent pendant quinze minutes. Quelque chose qui a à voir avec une forme d'empathie très spécifique." Et le titre du film, en effet, de résonner de manière polysémique, renvoyant aussi bien à la soeur factice de l'histoire qu'au concept de sororité qui vient brièvement unir ces deux femmes à distance. Avec Veerle Baetens, qu'elle a rencontrée sur le tournage du film Duelles où elle officiait en tant que coach pour enfants, elle se rend dans un call-center en amont du tournage. "On a pu se mettre derrière une opératrice et Veerle emmagasinait tout ce qu'elle observait. Comme ça, sur le tournage, elle était libérée. Elle comprenait les gestes, la logique. On a entendu des choses dans les appels que j'ai décidé d'intégrer au scénario. Pour amener davantage d'authenticité. Les opérateurs nous ont aussi confié que ce qui était difficile pour eux c'est que, une fois le téléphone raccroché, ils n'ont pas accès à la suite des histoires, ils ne savent pas ce qui se passe après. Ce qui a confirmé la fin du film comme je la pressentais." Si, à l'arrivée, le résultat, pas toujours très nuancé mais efficace et tendu, évoque parfois autant un clip de prévention qu'un objet cinématographique, Delphine Girard, elle, assure avoir toujours voulu se situer du côté du cinéma, embarquant notamment sa caméra à l'arrière du véhicule façon thriller US. "La caméra à l'arrière permet vraiment au spectateur d'être avec cette femme dans la voiture. Et d'être aussi, étrangement, plus proche de l'opératrice parce qu'on est un peu dans la même perception qu'elle de ne pas arriver à bien saisir ce qui se passe réellement." Ce 9 février, Une soeur concourra donc pour l'Oscar du meilleur court métrage à Los Angeles. Cette espèce d'improbable petit miracle, la jeune femme ne se l'explique pas complètement. "Il y a plusieurs étapes, en fait, menant à une nomination. D'abord, il faut avoir gagné un Grand Prix dans un pool de festivals bien spécifiques. Il se trouve qu'Une soeur en a gagné un à Rhode Island, l'été passé. Des agences là-bas nous avaient contactés en nous demandant si on voulait faire campagne pour les Oscars, et on avait choisi de ne pas le faire. Parce que ça demandait des sommes énormes. Puis on a appris qu'on était dans la shortlist en décembre. Et là, pareil, on a maintenu ce choix de ne pas faire campagne. On n'aimait pas non plus l'idée que le film soit peut-être retenu à cause de la publicité plutôt que pour ses seules qualités intrinsèques. Du coup, cette nomination, au final, ça a quand même été une énorme surprise." Alors qu'elle bosse actuellement sur Après moi le déluge, un projet de série télé imaginé en compagnie -toujours- de Veerle Baetens, Delphine Girard ne manquera bien sûr cette fois pas le voyage pour L.A.: "J'essaie d'y aller sans pression. Même si ce n'est pas facile. C'est hyper excitant mais il y a quand même quelque chose de très impressionnant là-dedans. L'idée c'est vraiment de garder la ligne qu'on s'est fixée depuis le début. De se dire que tout ça n'est que du bonus pour moi."