Dans #Jesuislà (lire notre critique), le nouveau film d'Eric Lartigau (La Famille Bélier), il quitte sur un coup de tête son quotidien de chef cuisinier au Pays basque pour s'envoler vers la Corée du Sud dans l'espoir de rencontrer une femme qu'il n'a jamais vue, mais avec laquelle il échange compulsivement sur les réseaux sociaux. A 61 ans, Alain Chabat se dit bien dans ses baskets. Ce fantasme de tout plaquer du jour au lendemain pour un ailleurs indéterminé, très peu pour lui, merci bien. "Dans ma vie, aujourd'hui, j'ai le sentiment que ça me plaît d'avancer comme j'avance. J'essaie toujours d'aller vers des choses nouvelles. C'est sans doute pour ça que je n'ai jamais la tentation de tout envoyer balader. Oh, bien sûr, je peux avoir des envies de voyage ou de mise au vert, de temps en temps. Un besoin de prendre l'air et de voir autre chose, de couper un peu. Ça, oui. Mais le fait est que je ne me sens jamais trop assis, trop installé dans mon existence. En tant qu'acteur, j'aime me diriger vers des films que je serais complètement incapable d'écrire, des histoires que je n'aurais jamais pu imaginer. Ça m'intéresse d'aller dans des endroits que je ne connais pas."
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Dans #Jesuislà (lire notre critique), le nouveau film d'Eric Lartigau (La Famille Bélier), il quitte sur un coup de tête son quotidien de chef cuisinier au Pays basque pour s'envoler vers la Corée du Sud dans l'espoir de rencontrer une femme qu'il n'a jamais vue, mais avec laquelle il échange compulsivement sur les réseaux sociaux. A 61 ans, Alain Chabat se dit bien dans ses baskets. Ce fantasme de tout plaquer du jour au lendemain pour un ailleurs indéterminé, très peu pour lui, merci bien. "Dans ma vie, aujourd'hui, j'ai le sentiment que ça me plaît d'avancer comme j'avance. J'essaie toujours d'aller vers des choses nouvelles. C'est sans doute pour ça que je n'ai jamais la tentation de tout envoyer balader. Oh, bien sûr, je peux avoir des envies de voyage ou de mise au vert, de temps en temps. Un besoin de prendre l'air et de voir autre chose, de couper un peu. Ça, oui. Mais le fait est que je ne me sens jamais trop assis, trop installé dans mon existence. En tant qu'acteur, j'aime me diriger vers des films que je serais complètement incapable d'écrire, des histoires que je n'aurais jamais pu imaginer. Ça m'intéresse d'aller dans des endroits que je ne connais pas." Le cinéma d'Eric Lartigau, il l'avait pourtant déjà pratiqué. C'était en 2006 dans Prête-moi ta main, comédie romantique où il donnait la réplique à Charlotte Gainsbourg. #Jesuislà, aujourd'hui, fait d'abord mine de partir sur de semblables prémices de comédie romantique, avant de choisir d'en prendre l'exact contre-pied. Si le personnage de Stéphane, joué par Chabat, littéralement de tous les plans du film, s'en va au bout du monde en caressant l'espoir d'y trouver et d'y vivre le grand amour, c'est en effet plutôt, il s'en apercevra bien assez tôt, à la découverte de lui-même qu'il s'envole. "Oui complètement, opine le comédien. A tel point qu'à la lecture du scénario, je craignais un peu que ce tournage s'apparente à une expérience très solitaire pour moi. Mais en fait, non. Pas du tout. Quand Stéphane arrive à l'aéroport de Séoul, où il va demeurer en stand-by plusieurs jours, il ne sait pas encore qu'il va trouver en Corée tout à fait autre chose que ce qu'il était venu y chercher. C'est un parcours. Et dans ce parcours, finalement, il interagit avec pas mal de gens. Ce sont toutes ces petites expériences, toutes ces petites rencontres qui vont lui faire comprendre ce qu'il est réellement venu faire là." Ces moments de découverte et de partage dans le film se font bien sûr à l'aune d'un véritable choc des cultures, qui rend la communication difficile tout en la ramenant vers quelque chose d'essentiel, d'irréductible. "C'est quand même génial de pouvoir partager quelque chose avec quelqu'un qui ne parle absolument pas votre langue, s'enthousiasme Chabat. Ce qui m'a beaucoup étonné, et plu, justement avec l'équipe coréenne et mes partenaires coréens dans le film, c'est qu'on a beaucoup rigolé. Par exemple, on se marrait sans arrêt avec le comédien qui joue le cuisinier dans l'aéroport. Alors qu'on se parlait dans une espèce d'anglais superchaotique. On communiquait davantage avec les gestes, le regard. On se cherchait. Après, la culture est tellement différente que vous vous dites parfois, bon, j'espère que je ne suis pas en train de faire une énorme connerie en adoptant ce geste-là, que ce n'est pas le truc le plus grossier qui soit pour le type en face de moi. Mais ce sont des moments vraiment précieux, qui aiguisent les sens." Soit une façon d'interagir qui s'apparente au concept du nunchi, cette aptitude typiquement coréenne qui est au coeur même du film. "Oui, le nunchi, c'est une espèce de sixième sens qui consiste à deviner l'humeur des autres, à les comprendre sans qu'ils aient à parler. J'adore cette délicatesse et cette politesse-là. Avec quand même, parfois, la lourdeur que ça peut impliquer d'être tout le temps dans le non-dit pour ne pas mettre son interlocuteur dans une position inconfortable. Mais de la même manière que nous avons aussi des civilités qui peuvent se révéler très pénibles." Dans #Jesuislà, Stéphane fait également l'expérience d'une célébrité aussi soudaine que peu justifiée. Il découvre par le prisme d'Instagram à quel point il peut être déplaisant de devenir le centre de l'attention. "Personnellement, c'est quelque chose qui ne m'a jamais beaucoup dérangé. La célébrité, ou disons plutôt le non-anonymat, c'est un truc avec lequel je compose depuis des années. Ma vie privée, comme son nom l'indique, elle est privée, et je fais très attention à la préserver. Mais les gens ne sont pas tellement intrusifs, en vrai. La plupart du temps, dans la rue, ils me saluent, me font des petits coucous, et ça en reste là." Une scène clé du film se passe dans un cinéma. C'est là, face à l'écran, que le personnage de Stéphane prend conscience de certaines choses essentielles qui vont l'amener à aller de l'avant. Ce pouvoir du cinéma, si pas à changer le monde, mais en tout cas à provoquer un petit déclic salutaire chez les individus, Alain Chabat y croit beaucoup. "Il y a des films qui m'ont complètement fait changer de perspective. Où, d'un seul coup, certaines pensées ou questions qui étaient encore très floues dans ma tête ont pu se préciser avec beaucoup de clarté. Le cinéma a le pouvoir d'ouvrir des portes dans les cerveaux, c'est certain. Des exemples? Il y en a mille, hein. Mais prenez Johnny s'en va-t-en guerre de Dalton Trumbo, notamment. Ce film m'a dévasté. Je ne me posais pas forcément beaucoup de questions sur la guerre et ses conséquences avant de le voir mais, d'un seul coup, j'ai pris conscience d'énormément de choses. Pas seulement sur la guerre, d'ailleurs, sur l'humain en général. Dans un tout autre genre, prenez encore Le Shérif est en prison de Mel Brooks. Là, c'est sur la manière même de faire du cinéma qu'une porte s'est ouverte en moi. J'ai compris en voyant ce film qu'on pouvait tout se permettre, qu'en tournant on avait tous les droits. Comme celui, en l'occurrence, de faire un western où la bagarre dans le saloon finit dans le studio d'à côté et où le méchant, pour s'échapper, prend un taxi et dit: "Sortez-moi de ce film!" Avant ça, je ne savais pas qu'on pouvait à ce point péter tous les codes. D'un coup, ça m'a sauté au visage. Comme une évidence."