En promenade sur Google Street View, les quelques images publiées par les internautes ne montrent pas âme qui vive à Oziorsk. Pas de travailleurs ou de babushkas immortalisés devant le pavillon à colonnes du parc, dans la forêt, au bar Chkalov ou dans la petite épicerie du Poisson rouge. Les plus de 80.000 résidents d'Oziorsk semblent avoir déserté les lieux. Ils ont été invisibles près de cinquante ans, ils le resteront. Car jusqu'en 1993, cette petite ville de l'Oural était dite "fermée". Une bourgade secrète dans laquelle on n'entre pas, et dont on ne sort qu'avec un laissez-passer. Secret d'Etat oblige, Oziorsk et ses habitants n'ont pas été répertoriés sur les cartes. Alors, quand en 1976 un biologiste dissident du nom de Jaurès Medvedev révèle dans une revue américaine l'accident nucléaire qui s'y est produit vingt ans plus tôt, on l'appelle la "catastrophe de Kychtym" - la seule ville connue aux alentours.
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