CHERNOBYL

Série HBO/Sky Atlantic créée par Craig Mazin. Avec Jared Harris, Stellan Skarsgård, Emily Watson. ****

Lundi 29/7, 20h30, Be 1.

Série phénomène depuis sa diffusion outre-Atlantique au printemps, Chernobyl ne se contente pas de narrer l'une des plus grandes catastrophes nucléaires de l'Histoire du XXe siècle. Un événement majeur par ailleurs méconnu du grand public dans ses détails. En seulement cinq épisodes, son créateur Craig Mazin décrit étape par étape comment l'explosion du réacteur 4 de la centrale a fait basculer un pays tout entier dans un cauchemar éveillé. Surtout, Mazin fournit tous les éléments pour comprendre pourquoi et comment -de l'aveu même de Mikhaïl Gorbatchev- cette tragédie a finalement posé les bases de l'effondrement de l'URSS.

Le premier épisode s'ouvre sur une scène a priori ordinaire d'un homme seul dans sa cuisine. Cet homme, Valeri Legassov (formidable Jared Harris), directeur adjoint de l'institut d'énergie atomique de Kourchatov, est un héros dans la plus pure tradition russe. Il a sauvé des centaines de milliers de vies en parvenant à éteindre l'incendie au sein du réacteur. Il en a aussi sacrifié quelques dizaines pour y parvenir. Après avoir enregistré son témoignage sur son dictaphone et placé ses cassettes dans une boîte aux lettres mortes, il écrase sa cigarette et se pend. Cette entrée en matière, bien que rude, n'est qu'une mise en bouche par rapport à la suite. Le réalisateur, Johan Renck, filme la catastrophe comme dans un film d'horreur. La mort invisible devient alors un personnage à part entière qui s'attaque aux gens comme un virus. L'ambiance sonore et notamment le fameux bruit du compteur Geiger qui s'emballe alourdit encore un climat déjà très anxiogène. À l'écran, les effets de l'irradiation sur les corps sont tellement cauchemardesques qu'ils semblent irréels. Le point fort de cette série? Celui de multiplier les points de vue. On ne peut prendre la mesure de ce qui s'est produit qu'en collant au plus près tous les protagonistes. Le spectateur se retrouve ainsi propulsé dans les entrailles de la centrale, auprès des habitants, des pompiers et bien sûr auprès des politiques. Toute la série consiste à montrer la perpétuelle indécision de ces derniers, symptôme annonciateur du basculement à venir. Comme souvent dans les meilleures fictions historiques, celle-ci ne se contente pas de relater le passé, elle nous donne aussi un éclairage sur le présent et le potentiel autodestructeur qui anime aujourd'hui encore notre société. Et avec ses 19 nominations aux Emmy Awards, prévus pour le 17 septembre prochain, Chernobyl n'a pas fini de faire parler d'elle.

Émilie Semiramoth

© Memento Films Production

ELLE L'A BIEN CHERCHÉ

Documentaire de Laetitia Ohnona.

Mardi 30/7, 22h30, Arte.

L'officier de police qui prend sa déposition a derrière lui, accroché au mur, un poster géant du film Cinquante nuances de Grey. Quelle image renvoyée à cette femme venue déclarer qu'elle a été victime d'un viol, perpétré par un proche de la famille? Dans un style curieusement proche des reportages type 90' Enquêtes de TF1, Laetitia Ohnona suit le parcours de quatre femmes, entre 20 et 56 ans, qui ont courageusement porté plainte pour viol. Courageusement car la honte, la peur et la culpabilité rongent leur vécu et leur version des faits. Du policier au psychiatre en passant par les infirmières légistes ou les avocates, le fragilité et l'obscurité des souvenirs se cognent souvent au doute, à la culture sournoise du viol, mais trouvent aussi refuge et soutien auprès d'un personnel compétent, à l'écoute, empathique et décidé à faire justice. En Belgique, près de 90% des femmes victimes de viol ne portent pas plainte. Les faits qui se sont notamment déroulés récemment au Festival de Dour doivent nous inciter à regarder ce délicat documentaire et à prendre acte. N.B.

© Ceska televize

LE VILLAGE DES SECRETS

Série de Harold Apter. Avec Matej Andel, Marsell Bendig, Jiri Roskot, Janek Gregor. ***(*)

Jeudi 1/8, 20h55, Arte.

Venue du pays qui nous a offert Kafka, Kundera, Milo? Forman et le dessin animé La Petite Taupe, cette série parvient miraculeusement à surmonter un terrible handicap: la version française de son titre, plus prompte à évoquer une fiction estivale à l'eau de lavande pour recalés de l'été que ce polar social tendu, corrosif, aussi admirablement bancal que le réel qu'il dépeint. Son titre original, Lync, signifie "lynchage" en tchèque. Qu'y avait-il de si heurtant à l'oreille ou l'esprit francophones dans ce qui sert de point de départ à l'intrigue: la mise à mort au grand jour, dans un village de Bohême, d'un jeune Rom? Lukas, documentariste à la ville mais enfant du pays, enquête mais se heurte à un mur de silence. Une population sous emprise avec ses violences, ses viols, ses manipulations et ses manifestations d'intolérance et de racisme. Hyperréaliste, confrontant et concentrant les maux qu'une Europe tutélaire essaie tragiquement de pousser sous le tapis, le tableau en huit épisodes est un reflet palpitant de nos misères morales et de nos exclusions sociales. N.B.

© Maya Arulpragasam

MATANGI/MAYA/M.I.A.

Documentaire de Steve Loveridge. ***(*)

Vendredi 2/8, 01h15, Arte.

Première pop star internationale d'origine tamoule, M.I.A. (Matangi Arulpragasam) a plus souvent qu'à son tour défrayé la chronique. Notamment avec le clip de Born Free dans lequel le réalisateur Romain Gavras exterminait des roux lors d'une sanguinolente chasse à l'homme. La Sri-Lankaise n'a jamais eu peur de choquer pour attirer l'attention sur les atrocités commises dans son pays. Elle a aussi cependant suscité pas mal de critiques pour son amour de l'argent et son côté bling bling. Le documentaire de Steve Loveridge (un vieil ami à elle) brosse un portrait intime et bienveillant de la pop star à qui l'on doit le mégatube Paper Planes. Mais plus encore de l'activiste politique. Arrivée comme réfugiée en Angleterre avec sa mère, sa soeur et son frère en 1985, Maya a longtemps pris la musique comme un médicament avant de l'envisager comme des feux de détresse. Son père avait fondé le Mouvement de résistance tamoul. Elle a remplacé les fusils par des chansons. Au rythme des vidéos de famille, elle raconte le clip de Mad Dog qu'elle a réalisé pour Elastica. Elle emmène à la découverte de ses racines et de la vie qui aurait pu être la sienne, puis revient sur Arular, son premier album téléchargé gratuitement un million de fois, et ses relations compliquées avec la presse. Un film qui offre un accès inattendu à sa fascinante héroïne et la rend sympathique malgré les zones d'ombre. J.B.

RILAKKUMA ET KAORU

Une série Netflix créée par Aki Kondo. ***(*)

Disponible sur Netflix.

Série d'animation nippone en stop-motion (image par image), Rilakkuma et Kaoru raconte le quotidien rêveur d'un ours en peluche "kawaii" (mignon) et d'une jeune employée de bureau discrète et solitaire. Pour un résultat beaucoup moins innocent et naïf qu'il n'y paraît d'abord. Il y a de la poésie, de la profondeur et, mieux, de l'étrangeté, en effet, dans ces treize très courts épisodes (une petite douzaine de minutes chacun) à destination des enfants de 7 à 77 ans. Tout en délicatesse. N.C.