"Notre ambition consiste à devenir "le" lieu de la photographie à Bruxelles", claironnait Delphine Dumont il y a un an. Prétentieuse, la directrice du Hangar? Non, car force est de constater que la Française a réussi son pari.
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"Notre ambition consiste à devenir "le" lieu de la photographie à Bruxelles", claironnait Delphine Dumont il y a un an. Prétentieuse, la directrice du Hangar? Non, car force est de constater que la Française a réussi son pari.La cinquième et nouvelle édition de l'événement phare annuel du lieu, le PhotoBrussels Festival, met tout le monde d'accord tant le parcours relève de l'évidence. Après avoir exploré des thématiques variées - le paysage en 2016, le portrait en 2017, la ville en 2018 et la nature morte en 2019 -, cet espace d'exposition déployé sur 1 000 mètres carrés frappe un grand coup en 2021. Né du désir ardent d'un mécène discret, Rodolphe de Spoelberch, Hangar a prouvé qu'il était aussi catalyseur et pas simplement réceptacle d'énergies visuelles. Lors du premier confinement, le tandem Dumont-de Spoelberch a eu l'idée d'un "European call", un appel à projet proactif, propice à sortir de nombreux photographes de la sidération dans laquelle la pandémie les avait plongés. Au bout de cette mission ayant The World Within, "le monde intérieur", pour horizon? Un engouement révélateur: sur 470 réponses, 420 artistes européens ont déposé des dossiers complets, soumettant leurs images à un jury de six personnes (parmi lesquelles Christian Caujolle, l'un des fondateurs de l'agence VU). Cette fine équipe a sélectionné 27 talents, photographes mais aussi vidéastes, qui sont aujourd'hui exposés au fil d'une scénographie impeccable. Dès l'entrée, une projection vidéo donne la parole aux différents artistes à la faveur de courtes séquences livrant les tenants et les aboutissants de leur démarche. L'exposition, quant à elle, est déployée sur trois niveaux. Disons-le de manière abrupte: il n'y a rien à jeter. L'ensemble fonctionne d'autant mieux qu'un soin particulier a été apporté afin d'agencer harmonieusement un large spectre d'écritures photographiques. Il y a bien sûr tous ceux qui tournent leur objectif vers un monde en crise mais -et c'est peut-être le plus touchant- certains se sont appliqués à montrer comment la situation affectait leur moi profond, leur intimité. Un mot, un dernier, pour dire que plusieurs travaux n'expriment pas tout leur potentiel dans les pages d'un magazine -on pense par exemple au jeu de Tetris visuel de Kíra Krász (Hongrie, 1995); ils n'en sont pas moins remarquables.