L'intitulé du roman qui a valu le Goncourt à Marie Ndiaye a déjà été trop repris et mis à toutes les sauces, mais comment l'éviter face à la nouvelle création de Leslie Mannès, Forces ? Il était déjà question de puissance dans son solo de 2016, l'héroïque et répétitif Atomic 3001. La chorégraphe poursuit dans la même veine, avec les mêmes collaborateurs -Thomas Turine pour la musique originale, Vincent Lemaître à la création des lumières-, mais en multipliant l'énergie par trois. Leslie Mannès partage la scène avec Mercedes Dassy, la révélation i-clit, et Daniel Barkan, interprète pour Ayelen Parolin.

Soit trois grâces, trois valkyries pour un long développement, incantatoire, des ténèbres vers la lumière, du clinique vers le charnel, de l'immobilité à la cavalcade, du synthétique à l'organique, du futuriste à l'archaïque. La première partie est saisissante. Les trois jeunes femmes, visages cachés par les capuches de leurs vestes, entament les mouvements dans une quasi obscurité, bottines vissées au sol, dans des oscillations qui épousent la composition musicale, électronique et hypnotique. Ça monte progressivement, ça se dévoile, plus fort, plus vite, dans une ampleur exponentielle de bras et de chevelures. Les Forces conjointes sont palpables et la danse donne une démonstration physique d'empowerment au féminin.

La suite, où l'unisson se perd au profit de l'expression individuelle, où le vert glacial fait place à un orange ardent, où les corps ne sont plus éclairés par le haut mais par le bas, est moins tenue, moins convaincante aussi. Reste la puissance déployée, communiquée, comme un manifeste.

Forces : jusqu'au 7 décembre aux Brigittines à Bruxelles, à voir en soirée composée avec Ida -Don't Cry Me Love. (Lire notre critique ici)