On connaissait le théâtre documentaire; en voici la version dansée, grâce à la démarche originale de Lara Barsacq. La chorégraphe avait déjà présenté l'année dernière, au festival Legs de Charleroi danse, son solo Lost in Ballets russes où elle se penchait sur la célèbre compagnie créée en 1907 par Serge de Diaghilev, qui généra des pièces aussi marquantes que L'Oiseau de feu, Petrouchka, L'Après-midi d'un faune ou encore Le Sacre du printemps, en fédérant des artistes comme Nijinski, Fokine, Fauré, Debussy, Stravinski, Moussorgski, Ravel, Cocteau ou encore Picasso. Un fameux morceau de l'histoire de la danse lié à sa propre histoire familiale: Lara Barsacq est l'arrière-petite-nièce de Léon Bakst, peintre qui signa nombre de costumes et de décors pour les Ballets Russes et à travers lequel la compagnie s'est inscrite dans la mémoire visuelle collective comme joyau de la Belle Époque.

"J'avais un poster d'elle quand j'étais enfant, dans la cuisine (...) elle me donnait envie de danser", confie Lara Barsacq, après s'être complètement déshabillée et recouverte de lamelles argentées. "Je suis en train de faire une transformation, commente-t-elle en live, en hommage à Ida Rubinstein, une danseuse des Ballets russes." Cette donc cette femme oubliée, éclipsée par tous les artistes cités ci-dessus, qui sera le centre de cette performance menée à trois (avec Marta Capaccioli et Elisa Yvelin) avec générosité et aplomb.

Au fil de reconstitutions plus ou moins libres de chorégraphies, de discussions presque à bâtons rompus, d'extraits vidéo et de chansons polyphoniques se retrace par bribes le parcours d'une orpheline, riche héritière, danseuse sur le tard ("des mouvements un peu gauches pour de la danse classique, mais elle crée des mouvements personnels très expressifs"), mécène (c'est elle qui commanda le Boléro à Ravel), femme libre, excentrique, qui scandalisa en se dénudant complètement lors de la "danse des sept voiles" dans le Salomé d'Oscar Wilde, internée à la demande de sa famille, et qui déclara au final "j'ai eu la vie que je voulais".

Loin des parfums de naphtaline, cet Ida insuffle une belle vie à ce fantôme, qui se hisse ainsi aux côtés des grandes héroïnes que la danseuse incarna, Cléopâtre, Shéhérazade ou Jeanne d'Arc.

Ida - Don't Cry Me Love: le 18 octobre à la Raffinerie à Bruxelles dans le cadre de la Biennale de Charleroi danse, www.charleroi-danse.be, et du 3 au 7 décembre aux Brigittines à Bruxelles, www.brigittines.be