Elisabeth ne sort quasiment plus de chez elle. Ses seules visites, celle d'une infirmière venant lui apporter des soins quotidiens. Le bagout de cette dernière la renvoie aux incohérences de sa patiente, à ses délires, ses "rencontres" avec des hommes, et surtout ses anciens élèves. Car on l'apprend vite, Elisabeth était institutrice. Elle adore toujours son métier mais ne peut plus l'exercer depuis ce jour où elle a commis ce geste qu'elle n'aurait pas dû. Depuis, déstabilisée, Elisabeth vit recluse dans le souvenir d'une classe animée. Elle doit co...

Elisabeth ne sort quasiment plus de chez elle. Ses seules visites, celle d'une infirmière venant lui apporter des soins quotidiens. Le bagout de cette dernière la renvoie aux incohérences de sa patiente, à ses délires, ses "rencontres" avec des hommes, et surtout ses anciens élèves. Car on l'apprend vite, Elisabeth était institutrice. Elle adore toujours son métier mais ne peut plus l'exercer depuis ce jour où elle a commis ce geste qu'elle n'aurait pas dû. Depuis, déstabilisée, Elisabeth vit recluse dans le souvenir d'une classe animée. Elle doit combattre à la fois dans cette vie désorientée, avec cette infirmière qui lui replante parfois sans ménagement les pieds dans le sol, mais aussi dans son propre esprit. Dans sa tête, c'est un champ de bataille, une ligne de front où sont plantés deux jeunes hommes. Qui sont-ils? Des réminiscences d'anciens élèves? L'allégorie d'un traumatisme qui ne s'exprime pas?L'auteur et metteur en scène Vincent Lécuyer tisse ici le récit d'une colère intérieure en brouillant volontairement les pistes du réel. Le spectateur se retrouve continuellement dans la tête d'Elisabeth, le prisme du personnage est omniprésent et nous aide à comprendre, à travers ses souvenirs confus, le burn-out d'une femme. Véronique Dumont incarne ici cette ancienne institutrice perdue dans une vie fantasmée. Il faudra du temps pour que perce la colère de cette "décrochée de la société et de la vie", comme l'indique le metteur en scène dans sa note d'intention. La comédienne, que l'on sait audacieuse dans ses choix et son attachement aux langages théâtraux singuliers (Martine Wijckaert notamment), donne du corps et du sensible dans son interprétation, osant la pointe d'humour pour ce personnage déstabilisé. Inscrit en filigrane dans le milieu scolaire, le texte explore les relations du maître à l'élève, de la volonté de la transmission et d'un monde protégé de l'école qui se voit tout à coup sa violence s'exprimer d'une horrible façon.Trois comédiens -Janie Follet, Adrien Desbons, Adrien Letartre- entourent la protagoniste, endossant tour à tour les personnages secondaires, réels ou fictifs, mais en tout révélateurs du décalage d'Elisabeth. Les scènes prenant place dans son esprit tourmenté sont marquées parfois par un jeu un peu trop expansif, comme si Elisabeth ne pouvait crier qu'intérieurement, une impression un peu appuyée. On retient donc surtout la partition offerte par Véronique Dumont qui donne ici corps à une femme qui n'a pas pu gérer la violence du monde dans lequel elle évoluait, et qui demeure en coupable reconnue et punie pour ses faits. Quel exutoire sinon l'attente d'une trêve dans la tête.