Le ciel belge sait parfois se montrer clément. C'est sous un bleu azur uniquement perturbé par les vols d'hirondelles que la vingtaine de spectateurs prend place en bulles sur les chaises pivotantes réparties à bonne distance. Au milieu de la courette à la peinture écaillée située tout à l'arrière du Petit Varia, Axel Cornil attend, sur un canapé taggué. Il y a aussi un sac de frappe, suspendu à un escalier métallique. De l'autre côté, une table avec un tourne-disque et une mini-régie où opère Antoine ...

Le ciel belge sait parfois se montrer clément. C'est sous un bleu azur uniquement perturbé par les vols d'hirondelles que la vingtaine de spectateurs prend place en bulles sur les chaises pivotantes réparties à bonne distance. Au milieu de la courette à la peinture écaillée située tout à l'arrière du Petit Varia, Axel Cornil attend, sur un canapé taggué. Il y a aussi un sac de frappe, suspendu à un escalier métallique. De l'autre côté, une table avec un tourne-disque et une mini-régie où opère Antoine Laubin, metteur en scène que ce dispositif minimaliste force à une polyvalence accrue. C'est tout. Pas de spots, pas d'écrans, pas de micros. Juste un acteur, connu jusqu'ici surtout comme auteur (Crever d'amour, Du béton dans les plumes, Ravachol...), qui va transformer chaque recoin de cette cour en scène, dans une proximité extrême avec ceux qui l'écoutent et le regardent.Découpé en chapitres allant à reculons, comme un décompte vers une fin annoncée, Macadam Circus, écrit par Thomas Depryck (Dehors, Le Réserviste, Le Bousier...), commence par une lettre d'un père à son fils, en forme d'avertissement: "tout ce qui t'attend, ça va pas forcément être drôle". Echo limpide aux inquiétudes contemporaines. Puis ça part sur une drôle de rencontre, dans la ville polluée et embouteillée, avec un éléphant que personne ne semble voir, sauf le protagoniste, sa femme et son fils. Dégommant allègrement la société de consommation et la bêtise humaine tout en célébrant la beauté de ce "qui ne meurt pas", le texte original croise une multiplicité de voix, souvent anonymes, pas toujours identifiées, pour tisser un instantané choral d'un monde au bord du gouffre, qui ne voit pas, ou ne veut pas voir, les portes de sortie alternatives. Le choix d'Antoine Laubin est de transmettre toutes ces voix par celle d'un seul acteur, en y en ajoutant une supplémentaire, musicale: Ghosteen, album de Nick Cave and The Bad Seeds où l'Australien chante le deuil de son fils Arthur, tombé à 15 ans du haut d'une falaise. Une BO idoine et une ligne mélodique de plus dans la polyphonie. Axel Cornil assume avec force cet exercice périlleux, en y ajoutant encore le langage du corps, celui de la boxe, où les esquives, les directs et les crochets se font chorégraphie. Comme pour dire que face à la catastrophe qui risque de venir, l'attitude à adopter n'est pas l'avachissement mais la combattivité. Comme pour dire que tout n'est pas perdu. On y croit.