Quand on voit apparaître au détour d'un sentier du parc Dommelhof de Neerpelt le silo d'acier de douze mètres de la compagnie Les Choses de rien de Boris Gibé, on se dit que le spectacle a déjà commencé rien qu'en étant au pied de cette impressionnante structure qui s'élève devant nous. L'homme est un habitué des défis techniques, affectionnant les "architectures mobiles". En attestent ses précédentes créations.

Installé dans le cylindre géant dans un escalier intérieur à double révolution, le public va assister à un spectacle inédit sur la chute et la rédemption d'un homme sous le regard perché d'une centaine de personnes. Tombé du ciel, au terme une introduction qui fascine déjà par sa maîtrise des lumières et de l'atmosphère, le performeur va s'enfoncer dans ce qui ressemble à un tas de sable et commencer une nage lascive dans les grains mouvants d'un sol qui l'est tout autant. Jusqu'à être avalé par un oeil central vorace. Réapparaissant sur ce qui est devenu un miroir géant, l'artiste poursuit son ballet avec les éléments: après l'eau et la terre, il jouera avec le feu et le vent. Et d'enfin reprendre son envol gagné à la force des bras.

L'Absolu, de Boris Gibé (Compagnie les Choses de rien), Jérôme Vila
L'Absolu, de Boris Gibé (Compagnie les Choses de rien) © Jérôme Vila

Une enquête poétique

Il aura fallu neuf ans au Français Boris Gibé pour concevoir L'Absolu, performance d'1h15. Et aussi la mobilisation de tout un ensemble de techniciens, architectes et scientifiques pour aboutir au résultat visible pour une dizaine de jours au centre circassien Latitude 50 de Marchin (près de Huy). Par essais et erreurs, la compagnie a testé les matières utilisées, les effets visuels, jouant avec la physique pour enrichir l'expérience. Tout concourt à refaçonner l'espace-temps. Dans ce décor digne d'une science-fiction métaphysique et une exécution léchée, la circularité invite à la perte des repères.

Tout est parti d'une réflexion sur le métier, de ce désir qu'ont les artistes du spectacle vivant à être regardés. Dans son "enquête poétique" ainsi qu'il l'a défini sur son carnet de création disponible en ligne, Gibé souhaite questionner lui aussi l'égotisme de l'artiste et la position du spectateur en les mettant en évidence physiquement par le dispositif architectural du spectacle, s'inspirant des théâtres anatomiques des vieilles universités de médecine. Boris Gibé cite le cinéaste russe Andreï Tarkovski parmi ses inspirations, qui dans son livre Le Temps scellé (éd. Philippe Rey) donne une piste d'interprétation du titre. "L'art incarne l'aspiration de l'homme à atteindre l'infini, à s'approcher de la vérité, à fixer celle-ci en dépit de sa moralité, en dépit que l'homme au cours de sa vie ne parvient pas à atteindre l'absolu", écrit alors le réalisateur de Solaris et de Stalker.

Dans ce temple des illusions, rien n'échappe en effet à notre regard scrutateur: l'oeil perce comme le scalpel l'âme de cet homme qui se met en jeu. Jeu physique sur la réflexivité, mouvements lents et fluides. Au fil de la performance, on passe de cette étrangeté vertigineuse à une corporalité brute lors de l'ascension finale non assurée. Ne s'épargnant pas quelques longueurs, le théâtre gestuel, chorégraphique et acrobatique qu'offre Boris Gibé (et son équipe) s'ancre inévitablement dans la rétine et dans la mémoire pour un bon moment. Un immanquable!

L'Absolu, de Boris Gibé (Compagnie les Choses de rien). Dès 10 ans. Du 23 novembre au 4 décembre à Latitude 50 à Marchin. www.latitude50.be

Quand on voit apparaître au détour d'un sentier du parc Dommelhof de Neerpelt le silo d'acier de douze mètres de la compagnie Les Choses de rien de Boris Gibé, on se dit que le spectacle a déjà commencé rien qu'en étant au pied de cette impressionnante structure qui s'élève devant nous. L'homme est un habitué des défis techniques, affectionnant les "architectures mobiles". En attestent ses précédentes créations.Installé dans le cylindre géant dans un escalier intérieur à double révolution, le public va assister à un spectacle inédit sur la chute et la rédemption d'un homme sous le regard perché d'une centaine de personnes. Tombé du ciel, au terme une introduction qui fascine déjà par sa maîtrise des lumières et de l'atmosphère, le performeur va s'enfoncer dans ce qui ressemble à un tas de sable et commencer une nage lascive dans les grains mouvants d'un sol qui l'est tout autant. Jusqu'à être avalé par un oeil central vorace. Réapparaissant sur ce qui est devenu un miroir géant, l'artiste poursuit son ballet avec les éléments: après l'eau et la terre, il jouera avec le feu et le vent. Et d'enfin reprendre son envol gagné à la force des bras.Une enquête poétiqueIl aura fallu neuf ans au Français Boris Gibé pour concevoir L'Absolu, performance d'1h15. Et aussi la mobilisation de tout un ensemble de techniciens, architectes et scientifiques pour aboutir au résultat visible pour une dizaine de jours au centre circassien Latitude 50 de Marchin (près de Huy). Par essais et erreurs, la compagnie a testé les matières utilisées, les effets visuels, jouant avec la physique pour enrichir l'expérience. Tout concourt à refaçonner l'espace-temps. Dans ce décor digne d'une science-fiction métaphysique et une exécution léchée, la circularité invite à la perte des repères.Tout est parti d'une réflexion sur le métier, de ce désir qu'ont les artistes du spectacle vivant à être regardés. Dans son "enquête poétique" ainsi qu'il l'a défini sur son carnet de création disponible en ligne, Gibé souhaite questionner lui aussi l'égotisme de l'artiste et la position du spectateur en les mettant en évidence physiquement par le dispositif architectural du spectacle, s'inspirant des théâtres anatomiques des vieilles universités de médecine. Boris Gibé cite le cinéaste russe Andreï Tarkovski parmi ses inspirations, qui dans son livre Le Temps scellé (éd. Philippe Rey) donne une piste d'interprétation du titre. "L'art incarne l'aspiration de l'homme à atteindre l'infini, à s'approcher de la vérité, à fixer celle-ci en dépit de sa moralité, en dépit que l'homme au cours de sa vie ne parvient pas à atteindre l'absolu", écrit alors le réalisateur de Solaris et de Stalker.Dans ce temple des illusions, rien n'échappe en effet à notre regard scrutateur: l'oeil perce comme le scalpel l'âme de cet homme qui se met en jeu. Jeu physique sur la réflexivité, mouvements lents et fluides. Au fil de la performance, on passe de cette étrangeté vertigineuse à une corporalité brute lors de l'ascension finale non assurée. Ne s'épargnant pas quelques longueurs, le théâtre gestuel, chorégraphique et acrobatique qu'offre Boris Gibé (et son équipe) s'ancre inévitablement dans la rétine et dans la mémoire pour un bon moment. Un immanquable!