À entendre cette version en polyphonie médiévale du Curé de Camaret, chanson paillarde s'il en est, on se doute que, si Le Jardin s'empare du symbole religieux, son syncrétisme sera plutôt décalé. Et au terme de la représentation, on peut assurer que décalage il y a.

Soit le retour de Marie. La vierge Marie, du moins elle (Marie Alié) en est convaincue. Enceinte suite à la visite d'un ange (sic), elle est attendue avec impatience par ses deux frères, Fritz (Léa Romagny) et Antoine (Antoine Herbulot). Nicolas (Nicolas Payet), un ami de longue date de la famille, complète ce comité d'accueil qui prépare une petite fête de bienvenue. Personnage haut en couleur, Marie revient après une longue absence où l'on comprend que sa stabilité psychologique a été mise en jeu. Mais pour le moment c'est la joie qui prédomine et revoir l'enfant prodigue revenir dans ce coin de campagne qui les a vu grandir engendre une effervescence non feinte. Et si la franchise et la décontraction de Marie ont de quoi décontenancer dans les premiers instants, le champagne (qu'importe la future maternité) et les huîtres se partagent dans la bonne humeur. Seul Antoine montre une première inquiétude car il ne sait pas comment annoncer à sa soeur, un rien perturbée on l'aura compris, que le jardin qu'ils aiment tant est mis en vente. Il a pourtant une idée pour sauver l'écrin de leurs souvenirs partagés. Mais pour Marie, convaincue de porter le messie et revêtant désormais le voile blanc et bleu de la mère du Seigneur, il va falloir se battre et montrer aux propriétaires de quel bois on se chauffe...

Le Jardin, du collectif Greta Koetz, Alice Piemme/AML
Le Jardin, du collectif Greta Koetz © Alice Piemme/AML

Combats perdus

"Mais tu crois qu'il va se passer quoi dans ta vie? Hein? Et bien rien. Il ne va absolument rien se passer. Ou alors des petits ennuis."Le Jardin, c'est donc le récit d'un combat pour préserver ce que l'on a tant chéri ou se désoler sur ce qu'on avait imaginé devenir. Quand cela passe au moulin du collectif Greta Koetz, c'est avec un esprit de dérision bien senti. Ici les comportements de Marie, imprévisibles, son répondant, déstabilisant, viennent tutoyer la gentille rationalité qui semblait régir le reste de la distribution. Sur ce plateau qui laisse deviner le charme d'un coin de prairie, habité par ce petit monde impeccablement campé et rythmé par le piano de Sami Dubot, on assiste à un joyeux brassage des symboles bibliques et autres avec la ferme ambition de les assaisonner d'absurde. Les Monty Python, la comédie italienne sont d'ailleurs citées parmi les références de la compagnie... Déjà convaincante avec sa première création On est sauvage comme on peut -repas entre amis sur fond de dépression qui se terminait en étonnante orgie cannibale-, cette joyeuse bande a l'art de nous séduire par son humour décapant et sa joie de créer ensemble. Reste à rire de bon coeur face à cette comédie décalée, orchestrée par Thomas Dubot, qui conte avec non-sens et intelligence les désenchantements de nos vies rêvées. Et ces cadavres de poulet qui tombent du ciel, un signe de la fin des temps?

Le Jardin, du collectif Greta Koetz. Jusqu'au 11 décembre au Théâtre les Tanneurs, Bruxelles. www.lestanneurs.be. Du 10 au 15 janvier 2022 au Théâtre de la Cité internationale, Paris, www.theatredelacite.com. Les 3 et 4 juin 2022 aux Halles de Schaerbeek (version en extérieur), www.halles.be. En juillet 2022 (dates encore à définir) à Mars - Mons arts de la scène, www.surmars.be.

À entendre cette version en polyphonie médiévale du Curé de Camaret, chanson paillarde s'il en est, on se doute que, si Le Jardin s'empare du symbole religieux, son syncrétisme sera plutôt décalé. Et au terme de la représentation, on peut assurer que décalage il y a.Soit le retour de Marie. La vierge Marie, du moins elle (Marie Alié) en est convaincue. Enceinte suite à la visite d'un ange (sic), elle est attendue avec impatience par ses deux frères, Fritz (Léa Romagny) et Antoine (Antoine Herbulot). Nicolas (Nicolas Payet), un ami de longue date de la famille, complète ce comité d'accueil qui prépare une petite fête de bienvenue. Personnage haut en couleur, Marie revient après une longue absence où l'on comprend que sa stabilité psychologique a été mise en jeu. Mais pour le moment c'est la joie qui prédomine et revoir l'enfant prodigue revenir dans ce coin de campagne qui les a vu grandir engendre une effervescence non feinte. Et si la franchise et la décontraction de Marie ont de quoi décontenancer dans les premiers instants, le champagne (qu'importe la future maternité) et les huîtres se partagent dans la bonne humeur. Seul Antoine montre une première inquiétude car il ne sait pas comment annoncer à sa soeur, un rien perturbée on l'aura compris, que le jardin qu'ils aiment tant est mis en vente. Il a pourtant une idée pour sauver l'écrin de leurs souvenirs partagés. Mais pour Marie, convaincue de porter le messie et revêtant désormais le voile blanc et bleu de la mère du Seigneur, il va falloir se battre et montrer aux propriétaires de quel bois on se chauffe... Combats perdus"Mais tu crois qu'il va se passer quoi dans ta vie? Hein? Et bien rien. Il ne va absolument rien se passer. Ou alors des petits ennuis."Le Jardin, c'est donc le récit d'un combat pour préserver ce que l'on a tant chéri ou se désoler sur ce qu'on avait imaginé devenir. Quand cela passe au moulin du collectif Greta Koetz, c'est avec un esprit de dérision bien senti. Ici les comportements de Marie, imprévisibles, son répondant, déstabilisant, viennent tutoyer la gentille rationalité qui semblait régir le reste de la distribution. Sur ce plateau qui laisse deviner le charme d'un coin de prairie, habité par ce petit monde impeccablement campé et rythmé par le piano de Sami Dubot, on assiste à un joyeux brassage des symboles bibliques et autres avec la ferme ambition de les assaisonner d'absurde. Les Monty Python, la comédie italienne sont d'ailleurs citées parmi les références de la compagnie... Déjà convaincante avec sa première création On est sauvage comme on peut -repas entre amis sur fond de dépression qui se terminait en étonnante orgie cannibale-, cette joyeuse bande a l'art de nous séduire par son humour décapant et sa joie de créer ensemble. Reste à rire de bon coeur face à cette comédie décalée, orchestrée par Thomas Dubot, qui conte avec non-sens et intelligence les désenchantements de nos vies rêvées. Et ces cadavres de poulet qui tombent du ciel, un signe de la fin des temps?