Selon le terme proposé à la fin du XXe siècle par Paul Josef Crutzen, Prix Nobel de chimie, et le biologiste Eugene Stoermer, et largement popularisé depuis, nous sommes des anthropocéniens. C'est-à-dire que nous vivons dans une ère de l'Histoire de la Terre où l'influence de l'être humain sur la planète est devenue une force géologique. Nous sommes même dans la période dite "de la grande accélération", où tous les indicateurs s'emballent, jusqu'à laisser craindre une catastrophe irréversible.
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Selon le terme proposé à la fin du XXe siècle par Paul Josef Crutzen, Prix Nobel de chimie, et le biologiste Eugene Stoermer, et largement popularisé depuis, nous sommes des anthropocéniens. C'est-à-dire que nous vivons dans une ère de l'Histoire de la Terre où l'influence de l'être humain sur la planète est devenue une force géologique. Nous sommes même dans la période dite "de la grande accélération", où tous les indicateurs s'emballent, jusqu'à laisser craindre une catastrophe irréversible. Depuis plusieurs années, les spectacles se multiplient autour de ce sujet brûlant, en variant les axes d'approche, et en utilisant notamment l'anticipation (Le Bousier de Thomas Depryck, Science-fictions de Selma Alaoui...). C'est aussi le cas de The Visit, proposé par la compagnie La Pigeonnière (Mbalou Arnould et Blanche Tirtiaux), sauf qu'ici cette anticipation s'accompagne d'un voyage dans le temps. Cette visite guidée en ville propose en effet de faire un bond de deux siècles et demi dans le futur pour revenir aussitôt en arrière du même laps de temps et se retrouver donc dans le présent. Une idée simple, mais géniale pour prendre du recul sur nous-mêmes.Le safari parmi les anthropocéniens commence dans le hall d'entrée des Riches-Claires, où chacun reçoit l'équipement nécessaire: casque audio, masque pour les yeux, tabouret pliant et parapluie si le ciel est menaçant. Martha et Betty, toutes deux membres de l'Intitute of Applied Anthropology, accueillent le groupe pionnier en ce début de XXIe siècle, quelques années seulement avant le grand effondrement. La première est spécialiste des coutumes et traditions des anthropocéniens; la seconde, de la flore et de la faune de la même époque. Et c'est en leur compagnie que nous sommes invités à faire une petite balade, presque incognito, dans le quartier des Halles Saint-Géry, en pleine heure de l'apéro. Comme des égyptologues essayant de décoder des hiéroglyphes, Matha et Betty vont de découvertes en surprises, échantillonnent, donnent leurs interprétations parfois approximatives du paysage urbain, des objets environnants et des coutumes locales, et invitent le groupe pionnier à communiquer pacifiquement avec les indigènes, qu'ils soient en rituel d'ingestion collective ou enfermés chacun dans leur boîtomobile. Ce jour-là, il fut même possible de communiquer avec le cercle philanthropique au sigle mystérieux P.O.L.I.C.E., auquel les pionniers ont été invités à adresser, en plein boulevard Anspach, une des prières vues sur les murs d'un chantier: "Justice pour Adil". Culotté et bien tapé!