Il y a d'abord le rire. Celui de voir ce quintette en tenues de néoprène, se préparant dans les coulisses d'un improbable et insoupçonné parc aquatique. Leur vie, c'est le jeu avec les animaux. On s'échauffe, on répète ses mouvements, on récapitule les consignes de sécurité al petite musique est bien rodée. On encourage le petit nouveau pour la première, on se dit qu'on fait un chouette boulot quand même et on s'élance derrière la cheffe d'équipe, un seau de poisson à la main. Derrière le volet mécanique, attendent Tatanka, l'orque star du parc et du show qui s'annonce, et un public en délire.

Vient ensuite l'horreur. Par on ne sait quelle circonstance, Tatanka refuse d'accomplir son numéro et, en colère, la baleine dévore sous les yeux de l'assemblée sa dresseuse préférée. On glisse alors de Sauvez Willy aux Dents de la mer. En coulisses (sur le plateau donc), c'est la panique. Comment empêcher ce massacre? Au final, la consternation, la tristesse, et chacun de remettre en question ses rêves, tout ce qu'il ou elle avait projeté dans ce job. Le parc ne résistera pas au scandale.

© Leslie Artamonow

On la devine gore, cette scène, faite de chair déchiquetée et de sang se mêlant à l'eau chlorée. Mais on la devine seulement, car elle se déroule en hors-champ. C'est là la véritable prouesse de cette jeune création du collectif La Station, rendre vivant ce qu'on ne voit pas pour nous accrocher à l'histoire racontée sur le plateau. Cela passe évidemment par l'énergie des comédiens -Cédric Coomans, Eléna Doratiotto, Sarah Hebborn, Daniel Schmitz, tous issus de l'ESACT de Liège, rejoints par Kirsten Van Den Hoorn, formée au RITCS. L'artifice passe aussi par la création sonore d'Antonin Simon et lumières d'Octavie Piéron, créant l'illusion d'un réel aquapark dissimulé derrière le volet mécanique servant les entrées et sorties des acteurs.

Tout aussi bluffante soit-elle, cette atmosphère électrisante et millimétrée change du tout au tout dans la deuxième partie. À l'heure du deuil, ce sont des question intimes et des confidences parfois étonnantes qui occupent une intrigue ressassant des rêves ainsi effondrés. Il manque peut-être ici d'aussi efficaces ingrédients dramaturgiques qu'au démarrage, pour rebondir sur des thèmes aussi intéressants que l'importance du travail dans la vie, les amitiés au boulot ou la question du deuil. En dépit de cette cassure, Parc s'avère une excellente promesse et carte de visite pour cette jeune compagnie, qui jongle avec les différents langages du cinéma, du théâtre gestuel et de la comédie pour construire des histoires originales.

Nicolas Naizy

Parc, du Collectif La Station, du 4 au 15 juin à l'Atelier 210, à Etterbeek. www.atelier210.be